Le Mexique expose un précieux manuscrit conservé en France depuis deux siècles
Le Mexique expose à partir de jeudi un précieux manuscrit narrant l'histoire autochtone du pays latino-américain, un prêt de la France où il est conservé depuis près de deux siècles en dépit des demandes de restitution.
Le "Codex Azcatitlan", qui sera présenté jusqu'à la fin de l'année au musée d'Anthropologie de Mexico, retrace l'histoire de la civilisation mexica (anciennement appelée aztèque), de la naissance de l'empire jusqu'à sa chute lors de la conquête espagnole.
Rédigé peu après l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, il est considéré comme l'un des témoignages les plus importants de l'histoire autochtone du Mexique.
La Bibliothèque nationale de France (BnF), qui le détient depuis plus d'un siècle, l'a prêté au Musée national d'anthropologie de Mexico pour commémorer le bicentenaire des relations diplomatiques entre le Mexique et la France.
Son retour temporaire au pays intervient alors que les gouvernements mexicains successifs de gauche intensifient leurs efforts pour récupérer les objets culturels de l'époque coloniale conservés à l'étranger.
Depuis 2018, plus de 16.000 pièces ont été rapatriées de divers pays, a indiqué l'an dernier l'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique.
L'an dernier, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a pressé Emmanuel Macron de restituer le "Codex Azcatitlan" et un autre précieux manuscrit, le "Codex Borbonicus", lors de la visite du président français à Mexico.
Tous deux sont "fondamentaux pour la relation entre l'Europe et le Mexique", a-t-elle plaidé, estimant qu'ils "représentent la mémoire vivante du Mexique, de notre histoire, la voix écrite de nos ancêtres et la racine profonde de notre identité".
L'Azcatitlan "combine le système de dessin préhispanique, mais incorpore déjà des figures qui offrent une vision plus réaliste", expliquait lors d'un événement en juillet l'anthropologue Diego Prieto, qui a été directeur de l'Institut national d'anthropologie.
Ces figures "renvoient clairement à des personnages de la conquista et à des personnages liés aux changements culturels, urbains et architecturaux survenus ensuite", relevait-il.
Le manuscrit, qui couvre 25 feuillets de parchemin importés d'Europe au XVIe siècle, a été donné avec d'autres à la Bibliothèque nationale de France en 1898 par la veuve du collectionneur franco-mexicain Eugène Goupil.
Avec comme condition que "cette collection (soit) toujours conservée dans son intégrité complète à la Bibliothèque nationale", a précisé en 2025 à l'AFP Marie de Laubier, directrice des collections de la BnF.
Il avait été apporté en France un demi-siècle plus tôt par Joseph Marius Alexis Aubin, un chercheur français spécialiste des cultures autochtones d'Amérique.
La France conserve également un autre manuscrit très important pour le Mexique: le "Codex Borbonicus", qui représente des calendriers divinatoires et solaires de la civilisation mexica.
Le Parlement français n'a pas inclus ces manuscrits dans la loi adoptée en mai pour faciliter la restitution d'œuvres spoliées durant la colonisation.
Le Mexique a déjà récupéré le "Codex Tonalamatl" après qu'un avocat l'a dérobé à la Bibliothèque nationale de France en 1982.
Les lois du pays considèrent le patrimoine historique comme propriété de la nation, mais la plupart d'entre elles ont été promulguées des décennies après que ces biens ont quitté le Mexique.
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