Macron, le président qui "aime les papes", attend Léon XIV malgré quelques frustrations
C'est un Emmanuel Macron qui "aime les papes", toujours en quête de leur proximité quitte à essuyer quelque déconvenue, qui accueille vendredi Léon XIV pour une longue visite en France, marquée par des convergences mais aussi une légère frustration présidentielle.
Le président français va personnellement accueillir le chef de l'Eglise catholique à l'aéroport parisien d'Orly vendredi matin, avant un entretien à l'Elysée. Dans la salle des fêtes du palais présidentiel, les deux hommes prononceront des discours devant les autorités politiques, le corps diplomatique et la société civile.
Ils se retrouveront ensuite lundi à Metz, où le dirigeant pro-européen puis le pape natif de Chicago s'exprimeront sur l'Europe, pour une séquence à laquelle les chefs d'Etat et de gouvernement des 26 autres pays de l'Union européenne ont été invités.
Après de longues hésitations, Emmanuel Macron n'assistera à aucune des messes papales du voyage, a fait savoir son entourage. A Marseille en 2023, sa présence à la messe du pape François (2013-2025) au stade Vélodrome lui avait valu quelques critiques au nom de la laïcité.
Sans s'afficher en catholique pratiquant, le président, scolarisé chez les jésuites dans son adolescence, avait noué un lien particulier avec François, lui-même premier pape jésuite, qu'il tutoyait. Le volubile et chaleureux Argentin et le Français aux manières tactiles ne semblaient pas dépareiller.
"Le président aime les papes, et Brigitte encore plus !", décrit à l'AFP une source française proche du Vatican. L'épouse du chef de l'Etat n'avait-elle pas confié à François qu'elle priait pour lui "tous les jours" ?
"Macron est le président français qui est le plus venu au Vatican", relève d'ailleurs Cyprien Viet, vaticaniste pour l'agence I.Media: trois fois auprès de François, une quatrième auprès de Léon XIV.
Avec l'Américain, plus sobre et moins direct que son prédécesseur, changement de style. Les images de leur tête-à-tête en avril suggèrent une grande retenue, même si, côté français, on vante d'importantes "convergences intellectuelles".
Le paradoxe, c'est donc que ce soit ce pape fraîchement élu, avec lequel la relation reste à construire, qui offre à Emmanuel Macron cette visite à Paris que François lui avait refusée.
L'Argentin Jorge Mario Bergoglio (pape François) soucieux de privilégier les "périphéries", était allé à Strasbourg, Marseille et Ajaccio, mais en prenant soin de clamer qu'il ne s'agissait pas de visites "en France".
Et il avait refusé l'invitation présidentielle à la réouverture de Notre-Dame en décembre 2024, cinq ans après l'incendie qui avait détruit la cathédrale parisienne, dont la reconstruction en temps record reste une fierté d'Emmanuel Macron.
"François était agacé aussi quand même" par le dirigeant français, ce qui se manifestait par quelques "signes de distance", relate Cyprien Viet.
Sur ce point, Léon XIV semble suivre les pas de son prédécesseur.
Robert Prevost (pape Léon XIV) a choisi de venir en France si vite après son installation car c'est un "pays qui, comme le Saint-Siège, prône le multilatéralisme", et "le leadership français en Europe compte", estime François Mabille, directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux.
Les deux hommes ont mis la paix au coeur de leur entretien en avril, et devraient se retrouver sur des sujets sensibles comme l'intelligence artificielle. Chacun à sa manière, il ont aussi pu incarner ces derniers mois une certaine opposition aux choix de Donald Trump.
Mais comme François, Léon XIV déploie "la prudence nécessaire pour ne pas que Macron" fasse de cette relation "un élément de sa politique personnelle", explique Mgr Patrick Valdrini, canoniste français et chanoine de la basilique Saint-Jean-du-Latran à Rome.
L'organisation de la visite papale en France semble traduire cette recherche d'une bonne distance.
Des proches d'Emmanuel Macron ne masquent pas une certaine incompréhension face au Vatican, qui a rejeté la proposition d'un passage commun à Notre-Dame pour que le président puisse présenter au pape les "rebâtisseurs" du joyau gothique.
Le président y tenait beaucoup, glisse un de ces proches, quand la source française proche du Vatican reconnaît que le refus a "peut-être créé une frustration" chez lui.
A la Conférence des évêques de France, on souligne qu'il s'agit d'un "voyage apostolique", ce qui signifie que malgré son "statut de chef d'État", le pape "est d'abord accueilli comme chef de l'Église".
Et l'Elysée a tenu mardi à dissiper les soupçons de désaccord: le programme a été mis au point en toute "confiance" et sans "aucune tension" avec le Vatican.
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