Economie/Finances

L'inflation "trop élevée" pousse la Fed à serrer la vis et braver Trump

Published on septembre 17, 2026 at 00:10

Le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, Kevin Warsh, donne une conférence de presse, le 29 juillet 2026 à Washington — Brendan SMIALOWSKI / AFP
Le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, Kevin Warsh, donne une conférence de presse, le 29 juillet 2026 à Washington — Brendan SMIALOWSKI / AFP

La Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé mercredi ses taux d'intérêt pour calmer l'inflation, une mesure à l'opposé de ce qu'attendait Donald Trump en nommant Kevin Warsh à sa tête.

La Banque centrale n'avait plus augmenté ses taux directeurs, qui guident les coûts d'emprunt, depuis l'été 2023.

Ils ont été rehaussés - à l'unanimité - d'un quart de point pour atteindre une fourchette comprise entre 3,75% et 4%.

La décision n'a, sans surprise, pas réjoui le président américain.

Donald Trump a réclamé que les taux d'intérêt baissent "RAPIDEMENT", dans un message sur sa plateforme Truth Social. Il les voudrait à "1%, ou moins".

Il s'est néanmoins gardé d'attaquer personnellement Kevin Warsh qu'il a lui-même désigné cette année, après avoir agoni d'injures le précédent patron de la Fed Jerome Powell.

L'inflation est "trop élevée, depuis trop longtemps", a justifié M. Warsh en conférence de presse.

La Fed vise une inflation limitée à 2%, un objectif manqué depuis plus de cinq ans.

Les prix ont encore progressé de 3,7% sur un an en juillet aux Etats-Unis, selon l'indice PCE de référence. Or, depuis, l'essence s'est fortement renchérie.

Pour couper les ailes de l'inflation, la Réserve fédérale estime qu'une autre hausse de ses taux d'intérêt sera sans doute nécessaire d'ici à la fin de l'année.

Ce n'est pas une prise de position officielle, mais cette perspective ressort des nouvelles projections économiques de la banque centrale.

Selon une médiane de ces projections anonymisées, les taux directeurs s'établiront entre 4% et 4,25% fin 2026, soit un cran plus haut que le niveau annoncé mercredi.

Seules deux réunions sont programmées dans l'intervalle, fin octobre et début décembre.

Les taux ne redescendraient pas avant 2028, au mieux, selon ces mêmes projections.

Kevin Warsh a été encore une fois le seul banquier central américain à ne pas se plier à l'exercice des prévisions, qu'il juge hasardeux voire contre-productif.

Les marchés financiers ont en tout cas conclu de la lecture du document que la Fed resterait ferme plus longtemps qu'ils ne l'avaient imaginé.

Wall Street a terminé en baisse car, si les investisseurs n'aiment pas l'inflation qui grignote leurs gains, ils n'apprécient pas non plus l'austérité.

Un relèvement des taux vise à refroidir l'économie: il est davantage coûteux de s'endetter et investir, ce qui tempère la demande pour certains biens et services.

Cela ne réglera pas les tensions liées à la crise énergétique dans le Golfe, déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, mais évitera en théorie que d'autres secteurs surchauffent.

Les investisseurs étaient arrivés à la conclusion que, pour rester crédible, Kevin Warsh n'avait d'autre choix que de décevoir Donald Trump, qui n'a jamais caché attendre de lui une politique accommodante.

Le pouvoir d'achat sous pression des Américains est au coeur de la campagne en vue des prochaines élections législatives nationales (les "midterms"), début novembre aux Etats-Unis.

Le conseiller économique du président Kevin Hassett avait lancé une forme de mise en garde dimanche en jugeant "important que la Fed ne touche à rien avant une élection afin de préserver son indépendance".

La Maison Blanche avait aussi suggéré ces dernières semaines que la Fed était peuplée d'éléments "antipatriotes" qui pourraient chercher à forcer la main de Kevin Warsh.

Interrogé sur l'indépendance de l'institution vis-à-vis du pouvoir, M. Warsh a affirmé que la Fed devait rester "dans son couloir", celui de la politique monétaire.

"Nous laissons ceux qui décident de la politique commerciale et budgétaire rester aussi dans leur couloir", a-t-il ajouté.

Pour Diane Swonk, économiste au cabinet KPMG, le vote unanime de mercredi représente "une démonstration importante d'indépendance de la Fed".

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