En plein Atlantique Nord, face à Trump, Français et "fier de l'être"
Une "sentinelle" tricolore en plein Atlantique Nord, malgré tempêtes et aléas : dans le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, où se rend Emmanuel Macron dimanche et lundi, chacun se sent porteur d'un petit bout de France, n'en déplaise à Donald Trump.
"On a une mission de vigie, de sentinelle française dans l'Atlantique nord-ouest", résume le lieutenant de vaisseau Thibault (il n'est pas autorisé à donner son nom) depuis le pont de son patrouilleur, le Fulmar, amarré à Saint-Pierre.
"On fait des missions de présence qui peuvent aller sur les côtes américaines, à New York, Boston, dans les Grands Lacs canadiens (..) jusqu'au Grand Nord et à l’entrée du détroit du Nord-Ouest", détaille-t-il.
Le patrouilleur, seul bâtiment de la Marine nationale à demeure sur l'archipel, revient tout juste du Groenland, à 2.000 kilomètres de là, au coeur d'une crise retentissante entre Donald Trump et les Européens.
Le détroit du Nord-Ouest, nouvelle route maritime ouverte par la fonte des glaces en été, suscite toutes les convoitises des grandes puissances, jusqu'à la Russie et la Chine.
"Tous nos compétiteurs sont dans la région, donc on se doit d’être présent aussi", souligne l'officier. Y compris à travers des exercices communs avec les alliés canadiens et américains, comme au Groenland en août.
"L’union fait la force, c’est un peu ce qu’on a démontré" là-bas, dit-il. Le Fulmar, un chalutier reconverti en bâtiment militaire en 1997, est certes "vieillissant", mais "bien entretenu", insiste-t-il. Et, il doit être remplacé à l'horizon 2030.
"C’est très important de montrer ce soutien mutuel entre la France, l’Union, européenne et le Canada", ajoute le lieutenant de vaisseau qui accueillera Emmanuel Macron lundi à bord.
Signe de cette alliance grandissante, le président français va recevoir dimanche le Premier ministre canadien Mark Carney à Saint-Pierre, un événement sans précédent dans l'histoire locale.
L'occasion de réaffirmer une posture de souveraineté face à un Donald Trump dégoupillé, qui menace régulièrement d'annexer le Canada et a brandi dernièrement une carte de toute la région aux couleurs des Etats-Unis englobant Saint-Pierre-et-Miquelon.
Malgré l'éloignement de la métropole, à plus de 4.300 kilomètres, la dépendance envers le Canada voisin pour la pêche, la santé, l'approvisionnement ou les transports, le sentiment d'être français reste très fort.
"Je suis Français, je suis Européen et je suis Américain ! Je suis né en Amérique du Nord !", martèle Gilles Poirier, pêcheur descendant de Français du Poitou.
"Fier d'être Français", renchérit Xavier Largerie, à la tête d'une petite entreprise de transport de bus. "Si on nous vend (à un autre pays, pure hypothèse, ndlr), on demande aussitôt que des avions viennent nous chercher et on rentre en France", lâche-t-il.
Avec ses petites maisons en bois bleues, jaunes et rouges, ses SUV et ses produits de consommation canadiens ou américains, l'archipel paraît aux antipodes de l'Hexagone.
Il n'en continue pas moins à cultiver ses différences, avec ses magasins fermés entre 12H00 et 14H00, son français "pur", sa baguette et ses euros.
"Quand on a l’occasion de discuter avec des francophones canadiens, ils nous renvoient ce sentiment de +vous êtes des vrais Français+, +vous êtes restés Français+, raconte Lauriane Detcheverry, directrice du musée de L'Arche dédié à l'histoire de l'archipel.
"Il y a un mode de vie qui est un peu plus américain, en tout cas nord-américain. Mais la relation avec les Etats-Unis reste plus distante qu’avec le Canada", ajoute-t-elle.
Celle avec le grand voisin canadien a aussi parfois été houleuse. La pêche à la morue, qui a fait vivre Saint-Pierre-et-Miquelon pendant des siècles, a donné lieu à un grave contentieux avec Ottawa et à l'instauration de quotas qui ont finalement ruiné la filière locale. L'économie de l'archipel peine depuis à se trouver une nouvelle vocation.
Après la fermeture des dernières conserveries en 2011, les pêcheurs se sont réorientés vers le homard, le crabe des neiges et le flétan qu'ils vendent directement chez leurs voisins de Terre-Neuve au Canada ou à Boston, grand marché régional du poisson, aux Etats-Unis.
Gilles Poirier, lui, voit encore plus loin: "Mon rêve c'est de voir un jour le homard de Saint-Pierre en métropole !", lance-t-il.
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