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Sevan Selvadjian

Sevan Selvadjian

Centrafrique : les « pêcheurs de sable » de l'Oubangui à bout de souffle.
 


Par Jean-Pierre CAMPAGNE

« Maintenant, c'est l'état de guerre, le temps de la destruction. Mais nous, on vit de la construction. Alors le business, ça va un peu, un peu... »
Sinclair, tout en muscles, remplit avec trois autres jeunes « pêcheurs de sables » à coups de vives pelletées l'arrière d'un camion benne au bord du fleuve Oubangui dans la capitale centrafricaine.
Ils ont 20, 25, parfois 30 ans. Maximum. Plonger en apnée au fond de l'Oubangui pour remplir un seau de sable fin ou de graviers, à cinq mètres en saison sèche, jusqu'à douze mètres en saison des pluies, dix, vingt, trente, quarante fois par jour n'assure pas une longévité de vie exceptionnelle.

Mais ils sont les enfants de la Centrafrique, pays classé dans les derniers à l'Indice de développement humain des Nations Unies, c'est à dire un des plus miséreux. Une pauvreté aggravée par l'état de guerre qui a saisie le pays depuis la prise de pouvoir en mars 2013 de la rébellion Séléka et perdure malgré son départ en janvier dernier.
Alors, ces jeunes lagbachi, une ethnie riveraine du fleuve comme les yakoma, qui eux, pêchent des poissons, n'ont pas le choix pour survivre. Ils pêchent le sable, le gravier, à bord de pirogues en bois.

« Mon père faisait déjà ça, et même son père ». Mais Sinclair ne possède pas de pirogue. Il se loue à la journée, comme les autres jeunes, il peut gagner jusqu'à 2.500 CFA, soit 3 euros, les jours fastes, quand il charge, avec un compagnon, 6 à 7 pirogues.
Sinclair travaille pour Faustin Madungou, la trentaine, qui possède 2 pirogues. La grande « fait » 60 seaux, la petite 25. Barthélémy Mikiliya, plus âgé, possède aussi une pirogue.« Mon père m'a enseigné, m'a cédé sa place ». Tout en parlant, il surveille le débarquement de sa pirogue par les jeunes qui, paniers de 30 kg sur la tête, gravissent silencieusement sous l'effort la berge pour jeter le sable sur le tas de l'acheteur. Lequel le revend aux rares clients en cette période difficile pour toute la société centrafricaine.

Une mètre cube de bon gravier (plus cher que le sable) se vend 14.000 CFA, soit 20 euros.
Sinclair a la joue gauche déformée par un ganglion enflammé, pas soigné efficacement, faute d'argent. Chaque fois qu'il plonge, l'eau avive la plaie.
Les maladie sont nombreuses, explique Barthélémy : hernie, paludisme, oreilles et yeux fragilisés. « On plonge sans casque sur les oreilles, des tympans sautent ».
« Il y a aussi des problèmes de noyades, les plongeurs ne savent pas tous nager », dit Bartélémy.

Combien de temps dure une plongée en apnée ? Sinclair dit « deux secondes », Barthélémy et Faustin le reprennent, « non, au moins 10 secondes ! ».

Le plus dur moment : lorsque, une fois le seau rempli de sable du fond du fleuve, le plongeur doit se propulser vers le haut. « Notre travail nécessite beaucoup d'énergie, et, en ce moment, les gens ne construisent pas, alors y a pas d'argent pour bien manger, pas d'énergie », explique Sinclair.
Que faire d'autre ? Sinclair ne sait pas.

 

A Toulouse, approcher les «Diogènes» avec tact.
 


Par Laurence BOUTREUX

Ceux qu'on surnomme les Diogènes n'ouvrent leur porte qu'à regret. Ils vivent reclus au milieu de montagnes d'objets ou de leurs propres déchets entassés.

À Toulouse, 40 ont été approchés en 2 ans.

Empruntant son nom au philosophe grec de l'Antiquité, qui, selon la légende vivait dans la marginalité et le mépris des conventions, le « syndrome de Diogène » se caractérise par une accumulation d'objets hétéroclites et/ou d'ordures et une négligence corporelle parfois extrême.

Les situations sont tellement variées que les intervenants citent aussi bien « un artiste envahi par ses propres tableaux » qu'une « femme qui empilait du papier essuie-tout, feuille par feuille, jusqu'au plafond ».

Par respect pour « des personnes qui ne demandent rien à personne, sauf qu'on les laisse tranquilles », la mairie refuse tout reportage. Mais elle accepte de présenter des photographies des lieux visités : dans un salon, des sacs, canettes et bouteilles vides s'accumulent jusqu'au lustre ; dans une salle de bain, un chemin boueux d'excréments macule le sol; dans une chambre, les emballages de produits alimentaires s’enchevêtrent à hauteur du lit.

En février 2012, un protocole a été mis en place – associant ville, département et hôpitaux – pour que les interventions soient coordonnées et conduites avec tact. « L'intrusion est vécue comme une grande violence. Alors un long travail d'approche est mené pour que la personne tolère l'intervention et ne rechute pas », assure la directrice SCHS, la médecin Valérie Cicchelero.

De son côté, le Dr. Ollivier s'attarde volontiers sur l'autre moitié des cas, qu'il appelle les « Diogène authentiques » : « ils ne présentent pas de pathologie mentale associée, n'expriment pas de souffrance mais au contraire une satisfaction de vivre dans une parfaite autarcie ».

« Les situations sont assez inouïes mais ça n'a rien de monstrueux. Ce sont au contraire, pour beaucoup, des personnes intelligentes et même d'un niveau supérieur, qui font valoir qu'elles sont libres d'avoir l'environnement qu'elles souhaitent ».

En deux ans, seules deux personnes – sur les 40 approchées – ont fait l'objet d'une hospitalisation sous contrainte en psychiatrie.



Le mot de Sevan Selvadjian :

"J'avais entendu parler des Diogène et déjà je n'en revenais pas, je trouvais cela passionnant. J'imaginais des êtres un peu farfelus qui bâtissaient des petits royaumes à leur image dans leur appartement. C'est cette idée que j'ai cherché à développer dans ce strip. L'idée d'un roi bienheureux qui règne sur son petit monde et ne demande rien à personne."

En savoir plus sur l'illustrateur :

Je travaille essentiellement à la plume et à l'encre de chine, avec une mise en couleur à l'aquarelle ou en infographie. Mon univers graphique se veut ancrer dans notre réalité mais ne ferme jamais la porte à l'étrange et au mystique. Au travers du dessin je cherche avant tout à raconter des histoires qui traitent de l'Humain et de l'étrangeté de la vie. A terme, mon but en tant que dessinateur est de conquérir le monde.

Site : http://www.sevanselvadjian.fr/

 

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