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Madagascar: première bougie du régime militaire, la "Gen Z" attend la lumière

Published on September 22, 2026 at 12:42

Un graffiti "merci Capsat" sur un mur dans une rue d'Antananarivo, le 17 septembre 2026 à Magadascar — Razafindrakoto Mamy Nirina / AFP
Un marché dans une rue d'Antananarivo, le 17 septembre 2026 à Madagascar — Razafindrakoto Mamy Nirina / AFP
Des habitants et des manifestants lors d'un rassemblement de la société civile devant l'hôtel de ville d'Antananarivo, le 13 octobre 2025 à Madagascar — Luis TATO / AFP
Le président français Emmanuel Macron  (d) accueille le président malgache Michael Randrianirina à l'Elhsée, le 10 septembre 2026 à Paris — Ludovic MARIN / AFP
Un commerçant attend des clients devant sa boutique dans le quartier d'Ambondrona, à Antananarivo, le 17 septembre 2026 à Madagascar — Razafindrakoto Mamy Nirina / AFP
Un graffiti "merci Capsat" sur un mur dans une rue d'Antananarivo, le 17 septembre 2026 à Magadascar — Razafindrakoto Mamy Nirina / AFP

Dans l'éternel trafic d'Antananarivo, des graffitis "merci Capsat" à l'entrée du tunnel d'Ambohidahy rappellent qu'il y a près d'un an, les militaires de ce corps d'armée se sont joints aux manifestants du mouvement baptisé "Gen Z" pour sonner la fin de l'ère Rajoelina à Madagascar.

Après deux semaines d'un "printemps malgache", né le 25 septembre 2025 et réprimé par 22 morts et plus d'une centaine de blessés, selon l'ONU, le ralliement des soldats du "Capsat" avait précipité la fuite du président Andry Rajoelina, organisée par la France.

Dans la foulée de sa destitution, les militaires avaient pris le pouvoir et investi le colonel Michaël Randrianirina "président de la refondation".

Promesse avait été faite d'élections dans les deux ans. Au mitan, la véritable "refondation" se fait attendre, au goût des militants d'alors issus de la jeunesse.

"Les revendications primaires ne sont pas encore satisfaites", constate une figure du mouvement, Mihary Rakotondravelo. "Avant de venir ici, j'ai eu une coupure de courant. Et l'eau, même si j'habite en plein centre-ville, (...) il faut veiller un peu tard pour en récupérer."

Son collectif siège dans les comités de concertation nationale censés nourrir la nouvelle Constitution. Longtemps embourbé, le processus s'est accéléré avec un calendrier dévoilé le mois dernier.

Il prévoit une restitution des concertations en mai 2027, soit au début de la période annoncée par le colonel Michaël Randrianirina pour un scrutin constitutionnel (de mai à juillet).

Cette annonce a suivi un sommet à Durban (Afrique du Sud) de l'organisation de coopération régionale, la SADC, en marge duquel a été vu le président déchu Andry Rajoelina. La SADC y a soutenu le "processus de réforme" tout en réaffirmant son soutien au "retour à l'ordre constitutionnel" sur l'immense île située au large des côtes sud-est de l'Afrique.

Plusieurs dossiers judiciaires visant l'entourage de l'ex-président se sont accélérés. 

En attendant le procès de la vente d'avions Boeing à l'Iran via Madagascar, qui s'ouvre mardi, l'ex-président du Sénat, Richard Ravalomanana, a été condamné ce mois-ci à 10 ans de travaux forcés pour complicité de meurtre lors de la répression des manifestations.

Une décision saluée par les activistes de la "Gen Z", après des mois de défiance envers le gouvernement. Ils dénonçaient notamment des arrestations de militants du mouvement en avril pour "atteinte à la sûreté de l'Etat", un motif - prisé du précédent pouvoir - autorisant 15 jours de garde à vue.

"Il est très facile d'appuyer sur cette gâchette pour réprimer, c'est une sorte de terrorisme mental", estime Ketakandriana Rafitoson, politologue et vice-présidente de l'ONG Transparency International. "En profondeur, les choses n'ont pas tellement changé. C'est un régime militaire, ils ont l'avantage des forces de répression et des armes".

La garde présidentielle a justement reçu plusieurs livraisons d'armement de la Russie depuis janvier. Ce partenariat militaire, très publicisé, inclut des formations de l'Africa Corps, groupe paramilitaire russe successeur de Wagner et sous tutelle de Moscou.

"Les dirigeants utilisent actuellement les Russes un peu comme des mercenaires pour se protéger", juge le politologue malgache Adrien Ratsimbaharison. "Mais il est impossible pour Madagascar de rompre complètement ses relations avec l'Occident."

La France a d'ailleurs été sollicitée par le nouveau chef de l'Etat pour user de son influence auprès du Fonds monétaire international (FMI), selon Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française.

Le FMI a bloqué un versement de plus de 180 millions de dollars (157 millions d'euros), en raison du gel des prix du carburant décidé en avril, d'après le gouvernement malgache.

"Le colonel est arrivé au pouvoir à l'issue d'un mouvement social, donc il ne peut pas se permettre de faire monter les prix des carburants", observe Bruno Fuchs.

Dans un pays où environ 80% de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour (1,87 euro), selon la Banque mondiale, la moindre hausse des prix peut être dévastatrice.

En matière d'énergie, le projet de barrage hydroélectrique de Volobe (120 MW), conduit en partie par le groupe français EDF, doit aussi être validé après de longs mois de blocage.

"Le colonel s'est engagé à le signer à son retour de l'Assemblée générale de l'ONU", indique Bruno Fuchs. Il ajoute que c'est une "avancée importante de la réunion avec le président (français Emmanuel) Macron" lors de sa visite en France ce mois-ci.

Ce barrage doit alimenter environ deux millions de Malgaches en électricité. De quoi répondre concrètement aux revendications de la "Gen Z".

C'est aussi un argument de campagne dans la compétition électorale se dessinant. En plus du chef de l'Etat, son Premier ministre Mamitiana Rajaonarison et le président de l'Assemblée nationale Siteny Randrianasoloniaiko sont animés d'ambitions présidentielles. Sans oublier l'ancien président Marc Ravalomanana (2002-2009), également très actif.

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