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Informer sous les bombes : comment l’AFP a documenté la chute d’El-Facher

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Depuis le début des combats au Soudan en 2023 entre l’armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide paramilitaires, l’AFP couvre l’un des environnements les plus complexes et les plus dangereux au monde, dans un contexte d’insécurité extrême, de désinformation généralisée et de retrait quasi total des médias internationaux. Malgré la destruction de son bureau de Khartoum, l’AFP a continué à couvrir le conflit depuis l’intérieur du pays, documentant la lutte pour le contrôle du territoire, notamment la chute d’El-Facher, dernier bastion militaire de l’ouest du Soudan.

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Un membre des forces de sécurité se tient devant un immeuble de grande hauteur détruit, alors que les efforts pour rétablir les infrastructures de la ville reprennent après près de trois années de dévastation causée par la guerre, à Khartoum, le 17 janvier 2026. Le Premier ministre du Soudan a annoncé le 11 janvier 2026 le retour du gouvernement à Khartoum, après près de trois ans d’exercice depuis sa capitale de guerre, Port-Soudan. © Ebrahim Hamid / AFP


Couvrir le Soudan depuis l’intérieur

La guerre au Soudan est la plus complexe et la plus dangereuse de tous les conflits dans la région du Moyen-Orient. La plupart des médias internationaux ont quitté le pays depuis le début du conflit en 2023. Le bureau de l’AFP à Khartoum a été détruit.  Abdelmoneim Abu Idris Ali, correspondant de l‘AFP, est quant à lui resté sur place et continue de fournir des contenus exclusifs avec l’aide de pigistes, depuis sa nouvelle base à Port-Soudan.  

Le réseau unique d’Abdelmoneim à travers le pays permet à l’Agence d’être régulièrement la première sur des informations majeures, comme la prise en décembre du champ pétrolifère de Heglig, près de la frontière avec le Soudan du Sud.

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Des déplacés soudanais originaires de la région de Heglig, dans l’ouest du Soudan, attendent de recevoir une aide humanitaire au camp de déplacés d’Abu al-Naga, dans l’État de Gedaref, à quelque 420 km à l’est de la capitale Khartoum, le 30 décembre 2025. Depuis le déclenchement du conflit en avril 2023, la guerre entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) paramilitaires a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé près de 12 millions de personnes. © Abdulrahman Gumaa / AFP

 

La coordination de la couverture est assurée depuis le bureau AFP au Caire, où les journalistes ont noué de nombreux contacts parmi des témoins, des travailleurs humanitaires, des diplomates et des experts se rendant régulièrement dans les zones de guerre du Soudan, y compris au Darfour, où la lutte pour le contrôle de la ville d’El-Facher a été particulièrement brutale.  

L’accès au Darfour et la communication avec ses habitants sont extrêmement compliqués. La désinformation est constante, tant de la part du gouvernement que de celle des paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), qui ont assiégé El-Facher pendant près de 18 mois avant de s'emparer de la ville le 26 octobre. El-Facher constituait le dernier bastion militaire à l’ouest de ce vaste pays – le troisième plus grand d’Afrique.

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Carte du Soudan montrant les zones contrôlées par l'armée, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ou par des groupes neutres au 21 novembre 2025, selon les données du Critical Threats Project at the American Enterprise Institute. © Julie Pereira, Nalini Lepetit-Chella, Sabrina Blanchard / AFP


El-Facher assiégée : désinformation, famine et course contre la montre

La chute d’El-Facher semblait imminente. De nombreux reportages de l’AFP relataient une situation de plus en plus désespérée à l’intérieur de la ville, qui abritait environ 400 000 civils. La semaine précédant la prise de la ville, notre correspondant avait transmis un long papier décrivant comment des civils piégés à l’intérieur d’un périmètre s’étendant sur 68 kilomètres en étaient réduits à manger des peaux d’animaux pour survivre (« Dans l’ouest du Soudan, des civils assiégés mangent des peaux de vache pour survivre »). À 14h04, une annonce des RSF est publiée sur leur canal Telegram. Il fallait toutefois tenter au moins d’obtenir une réaction de l’armée. Faute de réponse, l’AFP diffuse une alerte à 14h20, attribuée aux RSF. Au fil des échanges avec des habitants ayant réussi à s’échapper, la revendication de victoire des RSF dans l’une des batailles les plus féroces de la guerre civile semble bel et bien confirmée.

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Cette capture d’image extraite d’une vidéo diffusée sur le compte Telegram des Forces de soutien rapide (FSR), le 26 octobre 2025, montre des combattants des FSR armés et célébrant dans les rues d’El-Facher. Le 27 octobre 2025, le gouverneur du Darfour, allié à l’armée soudanaise, a appelé à la “protection des civils” dans la ville d’El-Facher, après que les Forces de soutien rapide (FSR) paramilitaires ont affirmé en avoir pris le contrôle. © RAPID SUPPORT FORCES (RSF) / AFP

 

Le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, finit par reconnaître le « retrait » des forces armées dans une allocution télévisée à 21h, le lendemain soir. L’ampleur des atrocités commises à El-Facher n’est révélée clairement que les jours suivants, à mesure que l’AFP recueillait les témoignages de survivants, dont beaucoup ont été séparés de proches qui, selon eux, ont été exécutés sommairement.  

L’AFP a également analysé des images satellites, recoupé des vidéos collectées sur les réseaux sociaux et vérifié des informations publiées par différentes plateformes d’OSINT identifiées comme sources fiables.

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Cette image satellite fournie par Vantor, prise le 15 octobre 2025 et rendue publique le 31 octobre 2025, montre une vue générale de la construction d’une berme dans le village de Kinin, près d’El-Facher. Des responsables de l’ONU ont averti le 30 octobre que des « atrocités à grande échelle » étaient en cours dans la région soudanaise du Kordofan, tandis que les habitants d’El-Facher étaient soumis à une « horreur » de masse. Handout / Satellite Image © 2025 VANTOR / AFP


Informer au péril de sa vie

 

La couverture est renforcée par le travail des journalistes de l’AFP au-delà du Moyen-Orient, qui livrent des exclusivités aussi bien depuis Genève (« Atrocités » au Soudan : Le monde doit agir maintenant selon le Haut-Commissaire des Nations-unies aux droits de l’homme à l’AFP) que depuis le Tchad, qui partage une frontière avec le Soudan (« Le sang coulait encore »: le calvaire des réfugiés d’El-Facher arrivés au Tchad).   

L’AFP s’appuie également sur un réseau de pigistes basés au Darfour qui font de leur mieux pour travailler dans une région particulièrement dangereuse pour les journalistes. Ils parviennent à recueillir des témoignages des survivants face caméra depuis la gigantesque ville de réfugiés de Tawila, au Nord-Darfour (« Tués sur-le-champ » : au Soudan, des survivants font état de massacres ethniques à El-Facher)

L’AFP diffuse des images de survivants largement reprises par les médias internationaux. Les pigistes textes, photo et vidéo locaux faisaient également partie de la première équipe de médias autorisée à reporter depuis Al Dabbah, un camp de réfugiés situé au nord-ouest de Khartoum (Soudan : plus de 770 km d’exode pour les déplacés d’El-Facher).

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(1) (2) Des Soudanais déplacés ayant fui El-Facher après la chute de la ville aux mains des Forces de soutien rapide (FSR) arrivent dans la ville de Tawila, dans la région occidentale du Darfour, ravagée par la guerre, au Soudan, le 28 octobre 2025 et (3) (4) (5) le 3 novembre 2025. © AFP

 

 

 

Ni l’armée ni les RSF ne sont bienveillants à l’égard des médias. Un des pigistes de l’AFP a ainsi été détenu pendant 12 jours en mai par les services de renseignement pro-armée à Port-Soudan, sans motif précis. Le Soudan est actuellement classé 156e sur 180 au classement annuel de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse.

Même si l'AFP diffuse généralement peu de dépêches sur le travail de collecte d’informations - un sujet qui intéresse davantage les médias que les lecteurs-, elle a publié toutefois un papier de 800 mots consacré à quatre témoins clés des horreurs vécues à l’intérieur d’El-Facher, qui avaient transmis à l’Agence des informations vitales depuis une ville en grande partie coupée des communications. Tous ont depuis été tués.    

L’un d’eux était le Dr Adam Ibrahim Ismail, un jeune médecin arrêté par des combattants des RSF le 26 octobre alors qu’il tentait de fuir la ville. Il a été abattu le lendemain. Jusqu’à ses derniers instants, Ismail soignait « les blessés et les malades » à l’hôpital saoudien, le dernier établissement médical encore fonctionnel à El-Facher, selon l’Union des médecins soudanais. Notre correspondant lui avait parlé quelques jours auparavant seulement. « Sa voix était lasse », se souvient-il. « Chaque fois que nous terminions un appel, il disait au revoir comme si cela pouvait être la dernière fois. »  


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