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Un mois après, Ceuta déchiré entre le drame des migrants et la lassitude des habitants

Published on Septiembre 2, 2026 at 16:52

Des bénévoles de l'ONG Luna Blanca distribuent de la nourriture à des migrants sur le site industriel d'El Tajaral à Ceutae, Espagne, le 2 septembre 2026 — Antonio Sempere / AFP
Le migrant marocain Otman Ianaya (d), 40 ans, monter où il dort avec sa famille dans un abri de fortune sur la plage d'El Trampolin à Ceuta, en Espagne, le 2 septembre 2026 — Antonio Sempere / AFP
Des bénévoles de l'ONG Luna Blanca distribuent de la nourriture à des migrants sur le site industriel d'El Tajaral à Ceutae, Espagne, le 2 septembre 2026 — Antonio Sempere / AFP

Un mois après l'afflux illégal de milliers de migrants, le territoire espagnol de Ceuta vit déchiré entre le drame de ceux qui sont restés, vivant souvent encore dans la rue dans l'espoir d'un avenir meilleur, et les tiraillements de ses habitants, partagés entre solidarité et exaspération.

Otman Ianaya, 40 ans, s'est jeté à l'eau fin juillet avec sa femme et ses deux petites filles pour rejoindre Ceuta à la nage depuis la ville voisine marocaine de Castillejos, parce qu'il n'y a "pas de travail au Maroc".

"Je veux construire un avenir dans ma vie", explique à des journalistes de l'AFP Otman, qui attend chaque jour pendant des heures pour recevoir de la nourriture de la Croix-Rouge sur la plage du Trampolín.

Lui et sa famille dorment à la belle étoile, même si leur quotidien s'est légèrement amélioré il y a quelques jours quand des bénévoles leur ont apporté des couvertures et une bâche, qui leur sert aujourd'hui de toit de fortune.

Plus de 70.000 migrants sont entrés de force, à pied ou à la nage, les 30 et 31 juillet à Ceuta, une des deux seules frontières terrestres de l'Europe avec l'Afrique, avec l'autre territoire espagnol de Melilla, un afflux qui a fait des dizaines de morts et de disparus.

La plupart sont repartis dans la foulée, mais plusieurs milliers - 5.000, selon le gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez, ou au moins 10.000, d'après les autorités de Ceuta - sont encore présents aujourd'hui, dormant pour beaucoup dans les rues et sur les plages.

"J'ai un sentiment partagé. Je suis espagnol et de religion musulmane. (Cet afflux), je le vois comme une invasion", déclare à l'AFP Nabil Abdeselam, un des quelque 80.000 habitants du petit territoire de 18,5 km2. Mais quand "je sors devant ma porte, et que je croise" un migrant, "je lui donne un morceau de pain", poursuit-il.

"Des papiers, du travail et un avenir pour tous, il n'y en a pas", déplore ce Ceutien de 50 ans, qui reconnaît avoir fermé "à double tour" son café et son lavage automobile à cause du sentiment d'insécurité pendant les jours agités suivant l'arrivée massive des migrants.

Un mois plus tard, des campements sont toujours visibles sur plusieurs plages, des migrants errent dans les rues à la recherche de nourriture, couvertures sous le bras. Le gouvernement installe des camps où il prévoit d'héberger tous les migrants d'ici deux ou trois semaines, pour pouvoir examiner leur statut avant d'éventuellement les expulser.

La situation, souvent tendue, a débouché sur plusieurs poussées de violence, caillassage de patrouilles militaires, rixes ou agressions sexuelles. Des affrontements ont aussi opposé la police à des manifestants réclamant l'expulsion des migrants, dont des affaires ont été incendiées un soir sur une plage.

Mercredi, jour de la fête officielle du territoire, une manifestation massive est attendue dans la soirée, qui sera également organisée en signe de solidarité dans plus de 200 communes d'Espagne, dont la capitale Madrid.

"Nous nous sentons abandonnés", explique Tomás Cantón, un employé de la Sécurité sociale de 32 ans, en promenant sa petite chienne dans le centre historique de la ville autonome, qui offre pourtant mercredi un aspect tranquille, entre commerces ouverts et terrasses des bars remplies.

Tomás rejette l'idée que les habitants de Ceuta soient "racistes" parce qu'ils exigent des solutions et un retour à la normale: "Nous avons toujours très bien vécu ensemble", souligne-t-il, en rappelant qu'à Ceuta, 40 % de la population est musulmane.

La grande majorité des nouveaux arrivants sont marocains, a priori voués à être expulsés en tant que migrants économiques, mais d'autres viennent de plus loin, comme Hibbane Saifi, qui entend demander l'asile.

Opposant au régime autoritaire des Comores, ce jeune homme de 32 ans explique avoir quitté son pays en 2024 via la Tanzanie, avant de remonter l'Afrique jusqu'au Maroc, et de profiter de l"'avalanche" migratoire des 30 et 31 juillet pour entrer à Ceuta.

Disant avoir "peur de retourner" dans son pays où il est "menacé de mort", Hibbane a demandé la protection internationale en Espagne.

"Ce sont des personnes en situation de vulnérabilité, il faut faire preuve d'un peu d'empathie", souligne Halima Ahmed, porte-parole de l'association Luna Blanca, qui cuisine et distribue chaque jour des centaines de repas aux migrants.

Halima dit comprendre les manifestations, parce que "les gens sont fatigués, les gens en ont assez, les gens sont dépassés et ont peur". Mais cela ne légitime "aucune forme de violence" contre les migrants qui "sont des êtres humains avec une histoire très souvent très dramatique", conclut-elle.

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