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Centres de cyberarnaque en Birmanie : comment l’AFP a révélé un système de fraude à grande échelle

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L’enquête de l’AFP sur les centres d’arnaques en ligne en Birmanie a révélé l’expansion massive d’un vaste réseau de fraude touchant des milliers de victimes dans le monde et a montré comment le service internet Starlink d'Elon Musk a été utilisé pour alimenter ces opérations illégales. La plupart de ces centres sont sous la coupe de syndicats chinois du crime en cheville avec les milices birmanes qui abondent à la faveur de la guerre civile, disent les experts. Ils y font travailler des petites mains tombées dans leurs filets, parfois de leur plein gré, souvent après avoir été piégées, toutes cibles de violences, selon les témoignages recueillis. Au total, la fraude en Asie du Sud-Est a fait perdre à ses victimes 37 milliards de dollars en 2023, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime. Les journalistes Fiachra Gibbons, Isabel Kua, Matthew Walsh et Nalini Lepetit-Chella racontent les coulisses de cette investigation menée en combinant data-journalisme, reportages multimédia, témoignages et qui mène le lecteur dans des usines à fraude de Myawaddy en Birmanie, dans un centre de rétention à Mae Sot en Thaïlande à la frontière birmane, dans les montagnes reculées du Yunnan en Chine ou les bureaux feutrés du Congrès à Washington.

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Ces photos aériennes prises le 17 septembre 2025 montrent le complexe KK Park dans la localité de Myawaddy, à l’est du Myanmar, accusé d’avoir escroqué des victimes chinoises et américaines à hauteur de plusieurs milliards de dollars. © Lillian Suwanrumpha / AFP


Retour sur un scoop

 

« J'ai rarement travaillé sur un sujet ayant eu autant de répercussions concrètes : Starlink a été contraint de couper l’accès à 2.500 de ses terminaux satellites qui alimentaient les centres d’arnaques en ligne à Myawaddy en Birmanie ; des milices birmanes ont fait explosé une grande partie de la plus grande « usine à fraude », feignant de réprimer une activité dont elles tiraient en fait les ficelles et les profits.

Ajoutez à cela notre scoop révélant que la Commission économique conjointe du Congrès américain enquêtait sur Starlink et pourrait demander à Musk d'expliquer pourquoi son service satellite était utilisé pour arnaquer des Américains. Notre enquête a franchi la grande muraille médiatique chinoise restreignant l’accès aux médias étrangers pour devenir l'une des principales histoires sur (le réseau social) Weibo, des internautes allant jusqu'à y poster des traductions.

La Chine a drastiquement renforcé sa lutte contre les cyber-fraudeurs : deux des cerveaux présumés cités dans nos dépêches ont depuis été extradés - le dernier tout récemment. Des experts estiment aussi que cette enquête a contribué à pousser les États-Unis à créer en novembre la Scam Center Strike Force, réunissant des membres du FBI, des services secrets et du ministère de la Justice. »

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Des travailleurs et victimes présumés des centres de cyberarnarque photographiés lors d’une opération de répression menée par les forces de garde-frontière karen (BGF) au sein du complexe de KK Park, dans l’est du Myanmar, le 26 février 2025. Des centaines d’étrangers ont été rapatriés depuis ces centres de cyberarnaque, nombreux étant ceux qui affirment avoir été victimes de traite et contraints d’escroquer des personnes à travers le monde. © AFP


Dans les coulisses du scoop : un premier témoignage

 

« En février de l’année dernière, les médias d’État chinois ont largement couvert le rapatriement de centaines de travailleurs chinois à la suite de descentes menées en Birmanie contre des centres de cyber-arnaque (où il s'agit de soutirer en ligne de l'argent à des pigeons certains de réaliser un juteux investissement ou d'avoir trouvé l'amour). Les images étaient frappantes : des dizaines de personnes menottées, escortées à la sortie de l'avion, sous la surveillance de la police (nombre d'entre elles affirmant avoir été piégées ou enlevées et forcées d'y travailler réduites à l'état d'esclave, certaines affirmant être venues de leur plein gré). »

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L’homme d’affaires chinois She Zhijiang (C) est escorté par la police royale thaïlandaise hors du poste de police de l’aéroport de Suvarnabhumi, à Bangkok, le 12 novembre 2025, avant d’être extradé vers la Chine. Il est accusé de diriger un vaste centre d’escroquerie au Myanmar. © Chanakarn Laosarakham / AFP

 

« Dans le centre de rétention à Mae Sot en Thaïlande, un de nos collègues a obtenu le contact d'un Chinois ayant travaillé dans des centres de cyber-fraude, à qui nous avons donné le pseudonyme de Sun. Via la messagerie WeChat utilisée par tout le monde en Chine, j'ai pu joindre sa femme qui m'a dit qu'il avait été rapatrié par les autorités chinoises mais qu'il n'était pas rentré à la maison. Elle a accepté de donner une interview puis elle n'a plus répondu. J'ai pensé que je n'aurais plus de nouvelles. Et un jour, fin mars, j'ai reçu un message sur mon téléphone: "Hello, je suis Sun, je suis de retour chez moi".»

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Cette photo prise le 3 avril 2025 montre un homme désigné sous le pseudonyme de Sun — un nom d’emprunt utilisé par l’AFP pour protéger son identité. Il est l’un des milliers de Chinois victimes des centres d’escroquerie au Myanmar. Il a été rapatrié dans son village en Chine après l’opération de répression de février 2025. © Greg Baker / AFP

 

 

« Ce soir-là, nous avons longuement parlé au téléphone. Il m'a raconté comment il s'était retrouvé dans différents centres de cyber-fraude en Birmanie (après avoir été enlevé en partant chercher du travail en Thaïlande) et les violences que lui ont fait subir ses managers là-bas. Son témoignage donne un aperçu de l'intérieur du fonctionnement de cette industrie. L'AFP est l'un des rares médias internationaux à avoir pu interviewer un Chinois ayant travaillé dans de tels centres.

Sun vit dans un village de la province du Yunnan dans le sud-ouest de la Chine, près de la frontière avec la Birmanie. Matthew et nos collègues photographe et vidéaste ont pris un avion et roulé des heures pour poursuivre l'interview chez lui, dans une modeste ferme des montagnes reculées de Lincang. Mais quelques minutes après le début de l'entretien, des fonctionnaires sont arrivés et l'ont pris à part. À son retour une demi-heure plus tard, il a refusé de s'exprimer davantage. En tant que journalistes en Chine, nous sommes régulièrement suivis par des voitures banalisées lors de nos reportages hors de Pékin. Il arrive aussi que nos entretiens soient interrompus par des "accompagnateurs" ou que nos sources soient harcelées. Nous avons souvent imaginé ce que Sun aurait pu nous apprendre si notre équipe au Yunnan n’avait pas été entravée par les autorités. Mais c’est la réalité du reportage en Chine, où les médias étrangers sont souvent perçus avec suspicion. Pour sa sécurité, nous avons décidé de ne pas reprendre contact avec Sun.

Matthew avait commencé à enquêter sur l'industrie de prétendus « sauveteurs » privés, des Chinois qui affirment pouvoir négocier la libération des personnes piégées dans ces centres. Il a contacté des dizaines de ces intermédiaires sur les réseaux sociaux chinois. A son retour à Pékin, nous avons épluché les réseaux, identifié et parlé à de nombreuses victimes de cette industrie de l'arnaque. Parmi elles, des familles chinoises à la recherche de leurs proches disparus, victimes selon elles de ce type de trafic. Nous avons découvert un système d'une grande opacité où de simples relations peuvent vous piéger en ligne (avec une promesse d'emploi bien payé) pour vous attirer dans un de ces centres et ces mêmes trafiquants peuvent ensuite détenir la clé pour vous sortir de là ou extorquer votre famille. Beaucoup de nos interlocuteurs étaient d'ailleurs méfiants au début, craignant que nous ne soyons nous-mêmes des escrocs. »


La data pour traquer les centres d'arnaques

 

« Début septembre, Fiachra Gibbons est venu au service data-visualisation avec une hypothèse qu'il voulait confirmer: en dépit de l'engagement pris en février par les autorités birmanes de les éradiquer, les centres de cyber-fraude poursuivaient leur activité et se développaient à la frontière avec la Thaïlande.

Nous avons commencé à chercher des images satellite et à les analyser: nous avons pu identifier clairement qu'une demi-dizaine de centres continuaient de se développer, en particulier KK Park, le plus grand. L'AFP a mandaté un fournisseur d'images satellite pour obtenir une image haute résolution récente de ce site, ce qui a permis de prouver que plusieurs dizaines de bâtiments y avaient été construits entre mars et mi-septembre, de même que des routes et un rond-point. D'autres images satellite ont montré des antennes paraboliques Starlink sur les toits de ces bâtiments.

L'AFP a mandaté un fournisseur d'images satellite pour obtenir une image haute résolution récente de ce site, ce qui a permis de prouver que plusieurs dizaines de bâtiments y avaient été construits entre mars et mi-septembre, de même que des routes et un rond-point. D'autres images satellite ont montré des antennes paraboliques Starlink sur les toits de ces bâtiments. Une équipe de l'AFP, composée d'un vidéaste et d'un photographe du bureau de Bangkok, a été envoyée à Mae Sot, du côté thaïlandais de la frontière, pour confirmer et documenter le fait que la construction de ces centres se poursuivait. Les images qu'ils ont pu ramener ont corroboré les conclusions tirées des images satellite et confirmé la présence d'antennes Starlink. Ces éléments ont permis de réorienter et d'approfondir l'enquête. »

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Image satellite de Planet Labs PBC de KK Park en Birmanie, près de la frontière avec la Thaïlande, soulignant les nouvelles constructions entre le 2 mars 2025 et le 18 septembre 2025. © Sabrina Blanchard / PLANET LABS PBC / AFP

 

 

« Il a été compliqué d'obtenir des images satellite nettes car le mois de septembre correspond à la saison de la mousson en Birmanie et la zone était nuageuse la plupart du temps. Nous avons demandé qu'un satellite prenne une image haute résolution de KK Park. Le satellite de Planet Labs PBC a dû passer au-dessus de la zone à deux reprises, les 11 et 15 septembre, avant de pouvoir prendre une image nette le 18.

Le service data-visualisation a également analysé des données du registre internet asiatique Asia-Pacific Network Information Centre (Apnic), qui ont montré que l'utilisation de Starlink comme fournisseur d'accès à internet en Birmanie avait augmenté massivement entre avril et l'été 2025. Un obstacle est apparu: l'Apnic a décidé de dépublier une partie de ses données collectées sur la Birmanie après avoir changé de méthodologie entre le moment où elles ont été identifiées comme pertinentes par l'AFP et celui de la publication de l’enquête. Le directeur scientifique de l'Apnic Geoff Huston m'a expliqué avoir émis l'hypothèse que l’utilisation massive de Starlink en Birmanie résultait d’une erreur dans les données. (...) Il les a finalement rétablies.

"Les données (initiales) étaient bien correctes : s’il est normalement difficile pour un pays pauvre comme la Birmanie de se permettre un recours aussi important aux services de Starlink, leur exploitation par les centres d’arnaque - tel que votre enquête l’a mis au jour - fournit une explication aux données que j’étais en train de collecter", a conclu M. Huston.»


Une enquête largement saluée

« Ce travail journalistique est exactement ce que le journalisme relevant du service public est censé être : rigoureux, original, courageux et impossible à ignorer.

[…] Ce qui rend ce travail exceptionnel, c’est sa clarté. L’équipe relie des éléments que la plupart des gens n'associent pas : le crime organisé transnational, la traite des êtres humains, l’opacité financière, la faiblesse de l’application de la loi et le rôle des fournisseurs mondiaux de technologies. Il ne s'agit pas de journalisme sensationnaliste, seulement de faits exposés méthodiquement et libres de parler d’eux-mêmes. Le résultat est dévastateur. L’article n’oublie jamais non plus le coût humain.

[…]. Ce travail journalistique traite ces deux groupes avec le sérieux qu’ils méritent. En tant que personne ayant passé des années à travailler sur des affaires d’arnaques, je peux l’affirmer clairement : cette enquête restitue l’ampleur, la sophistication et la cruauté de l’écosystème moderne des arnaques mieux que presque tout ce que j’ai pu voir. […] C’est pourquoi ce travail compte.

Et c’est pourquoi il mérite une reconnaissance par le prix Pulitzer. »

Erin West

Ancienne procureure, fondatrice d’Operation Shamrock

25 janvier 2026, Au jury du prix Pulitzer

 

 

« Je suis impressionné par cette enquête – c’est un excellent exemple de journalisme. […] J’avais supposé que l’utilisation massive de Starlink au Myanmar était une erreur de données, et je cherchais d’autres explications plausibles. Votre enquête a apporté une interprétation différente : les données étaient effectivement correctes et, même s’il serait normalement difficile pour un pays pauvre comme le Myanmar de financer un si grand nombre de services Starlink, l’exploitation abusive de l’ensemble du système par les centres d’arnaques, telle que votre enquête l’a mise au jour, fournit une explication aux données que je collectais. »


Geoff Huston

Scientifique en chef, APNIC (Asia-Pacific Network Information Center)
 


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