Dix ans après l'alliance, le MoDem veut survivre à Emmanuel Macron
Comment se maintenir au centre du jeu après dix ans au pouvoir aux côtés d'Emmanuel Macron ? Le MoDem a réuni ce weekend son université de rentrée et François Bayrou a détaillé son projet de primaire du "grand fleuve central", interpellant directement Édouard Philippe et Gabriel Attal.
La fin du deuxième quinquennat Macron approche et le MoDem n'a pas l'intention de disparaître avec le macronisme. Un de ses cadres explique le plus sérieusement du monde vouloir "créer les conditions de l'alternance" alors que le parti a été de tous les gouvernements d'Emmanuel Macron depuis l'alliance proposée par François Bayrou au futur chef de l’État en 2017.
L'ancien Premier ministre, affaibli par son passage à Matignon, l'a répété à plusieurs reprises: il ne sera pas candidat à l’Élysée. Mais dans ses rangs, les candidatures d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal ne suscitent pas l'enthousiasme. Sans candidat maison, comment peser sur l'élection ?
Tout au long du weekend, à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), François Bayrou a plaidé pour ce "tour préliminaire", gauche et droite modérées incluses, seule solution à ses yeux pour éviter un second tour entre Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI).
"Si nous ne sommes pas ensemble, ces forces qui se sont opposées pendant longtemps, des sociaux-démocrates aux gaullistes, en passant évidemment pas tout les engagés du centre (...) il n'y a aucune chance que nous l'emportions", a-t-il lancé en clôture de son université de rentrée, où étaient conviées des personnalités allant du centre-gauche (Bernard Cazeneuve) au centre-droit (Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand) en passant par Thierry Breton.
Et M. Bayrou a pris sa plume pour détailler les conditions de sa primaire: parrainage de dix parlementaires fin octobre, premier tour mi-janvier, second tour fin janvier ou début février, pour accoucher d'un "candidat unique".
Le tout assorti d'un "message personnel" à Édouard Philippe (Horizons), qui refuse toute primaire, et à Gabriel Attal (Renaissance), qui ne l'a jamais formellement écartée: "qu'est-ce que vous craignez ? Où est le problème ? (...) Vous serez choisi par les Français. Et vous aurez une légitimité supplémentaire".
Mais personne ou presque n'a repris à son compte cette idée, qui ne fait pas d'avantage florès dans les rangs du MoDem.
"Moi, je ne crois pas, c'est une différence que je peux avoir avec François, à cette histoire de départage", pointe le patron de l'UDI Hervé Marseille pour qui, au moment de l'examen budgétaire, de la hausse du carburant et des crises internationales, "ce n'est pas le moment de faire de l'entre-soi pour parler de nos petits problèmes".
Le président (LR) des Hauts-de-France Xavier Bertrand, qui ne cache pas son intention d'être candidat, n'y est pas davantage favorable. Loué par l'assistance pour son appel au "rassemblement" et à la formation d'une large coalition parlementaire après la présidentielle, Bernard Cazeneuve n'a pas non plus repris l'idée à son compte.
"Oui, on est à la fin d'un cycle. Mais on ne va pas résoudre le sujet en passant notre temps à dire que c'est la faute de ceux qui n'ont pas gouverné si les Français sont de mauvaise humeur", a pour sa part lancé Jean-Louis Borloo.
Dans le parti également, la primaire de François Bayrou suscite un scepticisme poli. La même circonspection avait également accompagné le nom de Thierry Breton, cité au cœur de l'été par le patron du MoDem comme potentiel candidat.
"Crédibilité budgétaire", "Europe-puissance", "réconciliation" des Français et "rassemblement" politique: dimanche, l'ancien commissaire européen a prononcé un discours de quasi-candidat.
L'idée laisse de marbre le camp Philippe. "Le centre, ce n'est pas péjoratif, ce sont des boutiques qui, à chaque élection, ont une problématique de survie", explique un membre de son entourage.
"Bayrou n'a pas envie que Philippe et Attal réussissent. En installant l'idée que l'offre actuelle n'est pas satisfaisante, en balançant un autre nom dans la nature, il cherche une solution dont il serait à l'origine et dont il pourrait être le centre. Il va retenter le coup de 2017", poursuit cette source, qui juge néanmoins que "beaucoup de ses députés sont fébriles".
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