L'accusation requiert la perpétuité contre l'ex-jihadiste Garrido, la défense demande de lui laisser "un horizon"
L'avocat général a réclamé mardi à Paris la peine de réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans pour Othman Garrido, accusé d'avoir été un bourreau de l'EI en Syrie, sa défense exhortant de son côté la cour à laisser un "horizon" à l'ex-jihadiste.
Garrido, qui a vécu de 2012 à 2020 en Syrie où il avait rejoint l’État islamique (EI), a été un "jihadiste enragé, acharné", a lancé l'avocat général, balayant tous les démentis de l'accusé aujourd'hui âgé de 32 ans.
A l'issue d'un réquisitoire implacable, le magistrat a demandé à la cour d'assises spéciale de Paris de le reconnaître coupable de meurtres et d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, et de participation à une association de malfaiteurs terroriste.
Au cœur du dossier figurent des photos retrouvées dans un téléphone portable qui aurait appartenu à la femme d'Othman Garrido, retrouvé par les Américains en Syrie après la défaite de l'EI, l'organisation jihadiste ayant dirigé un "califat" de terreur entre 2014 et 2019 à cheval sur la Syrie et l'Irak.
Elles documentent la présence irréfutable de Garrido sur une scène de décapitation publique de deux Iraniens en Syrie en 2015. Il y pose sourire aux lèvres avec les bourreaux, deux jihadistes français connus, morts depuis.
Une autre photo, non datée ni géolocalisée, qui lui vaut d'être poursuivi pour assassinat, montre un bourreau présumé, partiellement masqué, posant devant un cadavre décapité. La victime est inconnue et Garrido a toujours nié être l'homme sur le cliché, mais l'avocat général, s'appuyant sur les vêtements, la silhouette, le contexte, s'est dit "convaincu" qu'il s'agissait bien de lui.
"Aujourd'hui, ce n'est pas Daech qui est dans le box, Daech appartient à l'Histoire. Ce n'est pas le procès d'une époque ni d'une idéologie en général, mais celui d'un homme qui a choisi de s'engager auprès d'une organisation dont il connaissait le projet criminel", a asséné le représentant du ministère public.
Juger Garrido, "c'est juger l'un des statuts les plus hauts de l'EI avec Tyler Vilus", un autre jihadiste français, condamné en 2021 à la perpétuité pour avoir lui aussi participé à une double exécution publique en Syrie.
Tout au long de son procès, Othman Garrido, "né radicalisé" dans une famille ultra-religieuse, sous la férule d'un père converti à l'islam, a fait valoir qu'il était parti contraint, et s'est présenté comme un jihadiste forcé, terrorisé par la mort et en quête de reconnaissance.
Un récit rejeté par l'avocat général, évoquant les "vérités adaptatives" du jihadiste qui, après son extradition par la Turquie vers la France en 2020, nie, puis "s'adapte" face aux preuves qui lui sont présentées, et enfin "se déresponsabilise".
"Othman Garrido a passé huit ans en Syrie, il est parti avant la naissance du califat, est revenu après sa chute", insiste l'avocat général, relevant que les frères Garrido, Oubey et Othman, sont partis en "pionniers" avant que le reste de la famille (les parents, un autre frère et deux soeurs) ne les suive.
Il s'agit de l'"un des départs les plus précoces vers la Syrie", souligne-t-il. Quelque 1.500 Français, hommes et femmes, sont partis en zone irako-syrienne rejoindre les rangs de l'EI au cours de la décennie 2010.
Face au parcours étonnant de l'accusé en détention - études, suivi psychologique, distanciation affichée avec l'idéologie jihadiste-, reconnu par les experts, le magistrat a émis des doutes, jugeant "suspecte" cette "évolution quasi parfaite".
Des arguments rejetés avec force par la défense, qui a appelé la cour à ne pas condamner Garrido à perpétuité pour lui laisser "un horizon". "Je demande une peine qui puisse avoir un terme", a lancé Me Antoine Ory.
"Perpétuité, ça veut dire que vous acceptez d'inscrire son nom à côté de la sinistre cohorte" d'autres jihadistes français qui, eux, "n'ont jamais renié leur engagement", comme Tyler Vilus ou Mehdi Nemmouche, ex-geôlier de l'EI en Syrie, a lancé Me Ory.
"Si tout ce travail qu’il a fait, on dit que ça ne sert à rien, c’est admettre que l’État, la lutte antiterroriste, ont renoncé à faire dévier les trajectoires" des radicalisés, a-t-il encore dit.
Prenant la parole en dernier, l'accusé s'est dit "très chanceux d'avoir eu un procès équitable" et a remercié "les services publics (en détention) et la justice qui m'ont tendu la main malgré mon passé".
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