05 juin 2026 - 21:22

Attaque du 13 octobre 2023 au Liban : l’AFP exige des réponses précises et circonstanciées de l’Ambassadeur d’Israël en France

Monsieur l'Ambassadeur,

 

J'ai pris connaissance de vos déclarations diffusées jeudi 4 juin dans l'émission Complément d'Enquête sur France 2, au cours desquelles vous avez reconnu à plusieurs reprises que l'attaque du 13 octobre 2023 dans le sud du Liban constituait « une erreur ». Vous avez notamment déclaré : « c'est une erreur, clairement », précisant que les journalistes « n'ont pas été ciblés parce qu'ils étaient journalistes », mais parce que « les soldats sur place pensaient que c'étaient des terroristes ». Interrogé explicitement sur le fait de savoir s'il s'agissait d'une bavure, vous avez répondu : « Oui, nous le disons d'une façon très claire ».

 

Ces déclarations constituent, à nos yeux, la première reconnaissance publique par un représentant officiel israélien que les deux tirs ayant visé un groupe de journalistes clairement identifiés ont été effectués par les forces israéliennes, corroborant des enquêtes menées par plusieurs médias, dont l’AFP.

 

L’AFP exige des réponses précises et circonstanciées sur ce que vous admettez être une « erreur ».

 

Toutes les réponses fournies par l’armée israélienne à nos demandes, la dernière datée d'octobre 2025, ont été laconiques, se bornant à indiquer que « l’incident » était « à l’étude » et que « les conclusions relatives à cet événement n'ont pas encore été établies ».

 

C'est donc par une émission de télévision française que nous apprenons pour la première fois la position officielle israélienne, plutôt que par une réponse directe de l’armée israélienne à nos démarches formelles.

 

Je souhaite dès lors vous soumettre les questions suivantes :

  1. Pourquoi la position que vous avez exprimée publiquement n'a-t-elle jamais été communiquée directement à l'AFP en réponse à ses demandes formelles ?
  2. L'armée israélienne n'a à ce jour procédé à aucune reconnaissance formelle de sa responsabilité auprès de l'AFP, de Dylan Collins, ni de Christina Assi, journaliste qui a perdu une jambe lors de cette attaque et continue de souffrir de séquelles permanentes. Tous réclament justice. Comment expliquez-vous cette absence totale de reconnaissance officielle, alors que vous affirmez vous-même très clairement qu'il s'agissait d'une « erreur » ?
  3. Les différentes enquêtes ont établi qu'un drone de l’armée israélienne a survolé le groupe de journalistes à plusieurs reprises dans les 25 minutes précédant l'attaque, et qu'un hélicoptère Apache les a survolés. Si les soldats ont confondu ces journalistes avec ceux que vous désignez comme « terroristes » , comment expliquez-vous cette surveillance prolongée sans identification correcte de civils portant gilets et casques « PRESS », dans un espace découvert, avec un véhicule lui aussi marqué « PRESS » et visible depuis les airs ?
  4. Vous avez évoqué la découverte de gilets portant la mention « PRESS » dans des tunnels du Hamas et du Hezbollah pour justifier les deux tirs. Or, cette affirmation n'a jusqu'à présent jamais été avancée par un représentant de l'armée israélienne dans ce dossier. Cet argument n’exonère en rien l'armée israélienne qui a frappé un groupe de sept journalistes clairement identifiés après une surveillance aérienne prolongée de la zone.
  5. La réponse de l’armée israélienne à notre courrier d'octobre 2025 indiquait que l'incident était toujours à l'étude et que les conclusions n'avaient pas encore été établies - formulation identique à celle utilisée en décembre 2023. Où en est cette enquête, deux ans après les faits ? Quand ses conclusions seront-elles communiquées à l'AFP ?
  6. Les enquêtes menées par l'AFP, Reuters, Human Rights Watch, Amnesty International, RSF et le CPJ ont-elles été examinées dans le cadre de l'enquête interne de l’armée ? Si oui, quelles conclusions en a-t-on tirées ? Si non, pourquoi ?
  7. Après ces déclarations publiques, qu'est-ce qu'Israël entend faire pour apporter justice et réparation aux journalistes victimes des tirs ?

 

Je vous prie d'agréer, Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de ma haute considération.

 

Phil Chetwynd
Directeur de l’Information