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Actualité de l'AFP

L'histoire d'un scoop

La mort de Joseph Staline, le 5 mars 1953, a permis à l'AFP de réaliser un scoop mondial qui devait marquer l'histoire de la jeune agence, créée le 30 septembre 1944 au lendemain de la Libération de Paris.

A l'époque, les journalistes étrangers à Moscou étaient dans l'impossibilité de transmettre instantanément les nouvelles, en raison de la censure. L'AFP, elle, était resté branchée, depuis Paris, en permanence sur les émissions intérieures de Radio Moscou. Résultat : elle a diffusé à ses clients l'annonce du décès du dirigeant soviétique avec au moins une heure d'avance sur ses concurrents. Un scoop qui venait renforcer sa crédibilité sur les cinq continents. Ainsi, aux Etats-Unis, la NBC, plus important réseau radio et télé du pays, a repris l'info sur sa zone d'influence.

Depuis la fin de la guerre, le bruit, invérifiable, court que Staline est malade. Dès le début des années 50, son activité politique est fortement réduite. Encore robuste malgré tout, le dictateur, originaire du Caucase, pays des centenaires, se préoccupe vivement de sa longévité. Il se confie matin et soir aux soins de ses médecins particuliers. Tous les deux jours, on lui administre une piqûre de "super-sérum" dont l'effet tonique est censé freiner le vieillissement. Tout est mis en oeuvre pour prolonger la vie du grand chef de l'URSS. En octobre 1952, il prend pour la dernière fois la parole en public pour clôturer les travaux du 19ème congrès du parti communiste de l'URSS.

Edition spéciale l'Humanité

Sa santé se détériore soudain début mars 1953. Le 4, Radio Moscou indique que, dans la nuit du 2, "le généralissime Staline a eu une hémorragie cérébrale subite qui, ayant envahi les parties vitales du cerveau, a entraîné une paralysie de la jambe droite et du bras droit ainsi que la perte de la conscience et de la parole". D'autres communiqués, tout aussi inquiétants, se succèdent. Le 5, son état de santé s'aggrave encore.

Dès l'annonce de l'hémiplégie, l'AFP s'est fortement mobilisée. Le Service des écoutes russes basé à Paris et composé en bonne partie d'émigrés russes - dont le fils d'un Premier ministre du Tsar Nicolas II, Arkady Stolypine - reste branché sur Radio Moscou et surveille le fil de l'Agence TASS, guettant toute indication sur l'évolution de la maladie du "petit père des peuples". Trois journalistes russophones et deux rédacteurs chargés de transmettre immédiatement le signal aux différents postes de transmission, assurent une permanence sans interruption. Une bande perforée à destination des télescripteurs est préparée à l'avance.

Dépuille de Staline

Dans la nuit du 5 au 6 mars, Radio Moscou interrompt ses émissions habituelles. La voix grave et solennelle, un speaker indique qu'une annonce importante va être bientôt faite. Puis la radio reprend la diffusion de musique classique, interrompue à plusieurs reprises sans explication, pour laisser entendre le seul battement des aiguilles d'une horloge... Peu après 2 heures du matin, le programme musical de Radio Moscou est à nouveau interrompu. Un speaker annonce la nouvelle : Staline est mort.

Le journaliste de permanence au Service des écoutes envoie aux rédactions du monde entier un "flash" : "Staline décéda" (formule au passé simple usuelle à l'époque). Il est diffusé 5 secondes après l'annonce par Radio Moscou.

Dépêche AFP : Staline décéda

Un peu plus tard, dans le premier bulletin d'information radio, précédé comme d'habitude de l'hymne soviétique, un speaker qui s'efforce de détacher chaque syllabe et parle avec une lenteur pesante donne lecture d'un communiqué officiel, annonçant la mort de Staline, à 21H50 (heure locale) la veille, à l'âge de 73 ans, des suites d'une insuffisance sans cesse grandissante du système respiratoire et des vaisseaux cardiaques.

Le héros du flash historique est Alexis Schiray, rédacteur au Service des écoutes qui a déjà alerté la planète deux jours plus tôt en reprenant, dès le 4, les infos de Radio Moscou. Il est resté, casque aux oreilles, trois jours et trois nuits, décrivant, au moyen de "flashs" et de "bulletins" l'agonie de Staline jusqu'au communiqué final.

Au siège parisien de l'Agence, place de la Bourse, les communiqués de victoire pleuvent. De Singapour, le correspondant câble : "Enorme succès flash une heure d'avance sur Ursule, une heure trente sur Amélie, deux heures sur Rosalie" (les agences UP, AP et Reuter dans le jargon de l'AFP). De Buenos Aires : "Nous avons été les premiers en Argentine". De Bogota : "Félicitations à tout casser de tous les clients et larmes de ceux qui ne le sont pas".

Grâce à des appels téléphoniques constamment renouvelés, le correspondant de l'AFP à Moscou peut commencer à couvrir l'immédiat après-Staline dont la dépouille mortelle est transférée à la Maison des Syndicats, dans le centre de Moscou. Dès 16H00, le 6, le peuple soviétique commence à défiler dans la salle où repose le Maréchal, après avoir attendu plusieurs heures dans le froid. Suivent trois jours de deuil national, jusqu'aux grandioses funérailles du 9 mars.

depeches

 

Depuis, l'AFP a réussi beaucoup d'autres grands scoops dans le domaine du texte ou de la photo : la mort de cinq otages israéliens aux Jeux Olympiques de Munich de 1972, annoncée avec une heure d'avance, l’annonce de la mort d’Indira Gandhi en 1984, la disqualification pour dopage de l'athlète Ben Johnson aux J.O. de Séoul en 1988, le crash du Concorde en 2000, non loin de l'aéroport de Roissy, la libération de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt en 2008, le départ confirmé de Tunisie du président Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011 où, le même mois, le retour de l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier à Haïti, après vingt-cinq ans d'exil en France.

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