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Report des JO, calendriers incertains, confinement: les sportifs dans le brouillard

AFP / Lucas Barioulet Le judoka français multiple champion du monde Teddy Riner après avoir battu l'Autrichien Stephan Hegyi au Tournoi de Paris le 9 février 2020 à Paris

Confinés sans date de sortie, incapables de savoir quand ils reprendront la compétition, chamboulés par le report des JO, de nombreux sportifs naviguent depuis plusieurs jours sur des eaux qui leurs sont hostiles: celles de l'incertitude.

"Le pire ennemi pour un sportif c'est de ne pas avoir de plan, de rester dans ce flou. Cette incertitude est inédite pour moi", constate l'expérimenté recordman du monde du 50 km marche Yohann Diniz.

Comme quasiment tous ses pairs, le Français de 42 ans a bien salué l'annonce conjointe du Comité international olympique (CIO) et du gouvernement japonais mardi du report des Jeux de Tokyo de cet été à 2021 en raison de la pandémie de coronavirus.

Cette décision a pu soulager mais apporte aussi de nombreuses autres questions: à quelle date fixer le plus grand évènement sportif planétaire, souvent l'aboutissement d'une carrière? Est-ce que les sportifs déjà qualifiés conserveront leur sésame pour les Jeux?

Et des questions, les athlètes n'en manquent pas depuis plusieurs semaines et l'expansion de la pandémie de coronavirus qui a entraîné le confinement de nombreux champions chez eux, réduits à tourner comme des lions en cage entre deux séances de préparation physique.

"Là l'objectif c'est juste de garder la ligne, pour la suite je ne me fais pas trop d'illusions, il y a peu de chances d'avoir beaucoup de compétitions avant juillet", note pour l'AFP, pessimiste, le champion olympique de la perche 2012 Renaud Lavillenie, alors que le sport mondial est quasiment à l'arrêt.

AFP/Archives / Thierry Zoccolan Le perchiste français Renaud Lavillenie, champion olympique 2012, après avoir effacé une barre à 5,94 m au All Star Perche le 23 février 2020 à la Maison des Sports de Clermont-Ferrand

- "rester dans mon jus" -

"En tant que sportive j'aime que les choses soient organisées, planifiées, et là je suis forcée d'attendre. Même lorsqu'on est blessés il y a un protocole avec des points de passage, des repères, contrairement à notre situation actuelle", explique à l'AFP la vice-championne olympique en titre du lancer du disque Mélina Robert-Michon.

Malgré l'impossibilité de se projeter, certains tentent de garder le cap comme Teddy Riner, le double champion olympique de la catégorie des poids lourds en judo.

"Pour l'instant, la décompression, je ne l'ai pas encore. Je veux rester dans mon jus, dans cette énergie qui me pousse à m'entraîner toujours plus loin, plus fort, parce que je suis bien, que je n'ai pas besoin de relâcher aujourd'hui, ça me fait du bien dans cet univers actuel, détaille-t-il à l'AFP.

Le flou règne également d'un point de vue matériel sur certaines disciplines: en planche à voile, Tokyo devait être le théâtre de la dernière compétition sur le modèle RS:X avant l'introduction de la planche à foil pour 2024.

"La classe RS:X était censée ne plus exister. Là y avait pas mal de jeunes déjà partis pour préparer 2024 sur la nouvelle planche. Il faut peut-être relancer une petite production de matériel", interroge la championne olympique Charline Picon.

- "la pause-bébé plus tard" -

Pour les pentathlètes Elodie Clouvel et Valentin Belaud, ce sont carrément les projets familiaux qui sont à revoir, eux qui avaient l'ambition de "fonder une famille après Tokyo et de continuer après jusqu'aux Jeux en 2024".

"On fera la pause-bébé plus tard", a raconté la vice-championne olympique au quotidien régional L'Indépendant.

Et au milieu de ce marasme pourrait surgir une certaine lumière ?

"Parfois ces périodes de doute permettent de se reposer, de penser différemment, de se régénérer pour être ensuite 100% performant, reprend Yohann Diniz. On arrive le jour-J avec moins de certitudes et c'est parfois cela qui crée la magie."

AFP/Archives / JACQUES DEMARTHON De gauche à dropite: le marcheur YohannDiniz, la discobole Melina Robert-Michon et le décathlonien Kevin Mayer le 14 août 2017 à Paris

"Rappelez-vous, 2017 avait été une année de doutes pour l'athlétisme français, avec les blessures de Pierre-Ambroise Bosse, Kévin Mayer et moi-même. Au final ça fait trois champions du monde (Bosse sur 800 m, Mayer sur décathlon, Diniz sur 50 km marche)."

Une recette à appliquer à Tokyo en 2021.