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Foot et homophobie: le temps des discussions

AFP / Thomas SAMSON La ministre des Sports Roxana Maracineanu (d) et le président de la Fédération française de football Noël Le Graet se tiennent côte à côte en tribune avant le match de l'équipe de France pour les qualification à l'Euro-2020 contre Andorre le 10 septembre 2019 au Stade de France à Saint-Denis

Après la surenchère dans les tribunes, et le nouveau clash entre monde politique et monde sportif dans les médias, le football français a tenté mercredi de recentrer le débat sur l'homophobie dans les stades, en commençant par mettre autour d'une table les acteurs concernés.

Ces derniers jours, plusieurs d'entre eux - supporters, associations de lutte contre l'homophobie, dirigeants sportifs - ont continué à travailler dans l'ombre et sont restés optimistes sur une avancée des discussions, bien loin de la tension affichée entre le patron du foot français Noël Le Graët et la ministre des Sports Roxana Maracineanu.

Le travail a continué mercredi, sous l'égide de la Ligue de football professionnel (LFP), qui avait convié à une réunion les représentants des supporteurs et des associations qui luttent contre l'homophobie, une rencontre qui s'est déroulée "dans un climat de bienveillance", de l'avis unanime des participants et selon la formule du directeur général de la LFP Didier Quillot.

"Longtemps on a toléré certains chants dans les stades, aujourd'hui la société ne les accepte plus", a auparavant souligné Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue qui s'est démarquée ainsi des récents propos de Noël Le Graët, président de la Fédération française.

La présidente de la LFP a proposé que ce dialogue se décline au "niveau local", entre associations de supporters et LGBT. "Dans l'interprétation des mots, (…) il peut y avoir des différences de perception extrêmement importantes (…) nos supporters lorsqu'ils s'expriment d'une certaine façon, ne perçoivent pas forcément le caractère directement discriminant des mots qu'ils peuvent donner", a développé la présidente.

"Notre volonté, c'est de réduire ce fossé de perception entre les associations de supporters et les associations LGBT et plus globalement la société". La dirigeante s'est en revanche dite "pas favorable à un lexique" de mots autorisés, parce qu'"on a besoin de comprendre pourquoi certains mots blessent".

Mardi, l'incompréhension était montée d'un cran entre Noël Le Graët et la ministre des sports Roxana Maracineanu lorsque Le Graët a différencié lutte contre racisme et homophobie dans les stades, et demandé aux arbitres de ne plus arrêter les matches en cas de manifestations homophobes en tribune. Une position "erronée", a ensuite jugé la ministre.

"Il faut que les politiques nous fassent confiance et nous laissent travailler", a martelé Didier Quillot au sortir de la réunion qui regroupait donc l'Association nationale des supporters (ANS), qui réunit des clubs de toute la France, et les associations de lutte contre l'homophobie (SOS Homophobie, Foot ensemble, Licra, Panam'Boyz).

"Cette situation est une situation de crise", a estimé Nathalie Boy de la Tour, "il faut pouvoir construire sur une situation de crise. Peut-être qu'on avait besoin d'en arriver là pour repartir sur de bonnes bases", a-t-elle ajouté.

- Point chaud: l'arrêt des matches -

AFP/Archives / VALERY HACHE L'arbitre Clément Turpin interrompt momentanément le match Nice-Marseille pour cause de chants et banderoles jugés homophobes à l'Allianz Riviera, le28 août 2019

En filigrane, se pose donc la question de l'arrêt des matches, ou non, alors que se profile vendredi, samedi et dimanche un nouveau week-end de football en France.

"Pour nous c'est une solution souvent extrême", a rappelé la présidente de la Ligue. Mais "il faut raison garder, sur 118 matches" depuis le début de la saison, "il y a eu 7 matches interrompus", soit au total "20 minutes d'arrêt de jeu".

Didier Quillot a ensuite expliqué qu'un "cadre" avait été donné aux délégués de la LFP (qui sont directement en contact avec les arbitres), pour faire la différence entre les "propos discriminatoires", susceptibles d'entraîner une interruption, et "les propos insultants".

C'est sous ce prisme que la commission de discipline de la LFP avait déjà prononcée, le 28 août, ses premières sanctions sur cette thématique après les premiers arrêts de matches.

Nancy (L2), par exemple, dont les supporteurs avaient entonné des chants à "caractère discriminatoire", avait été sanctionné de la fermeture pour un match d'une tribune (les chants avaient entraîné une brève interruption de la rencontre contre Le Mans le 16 août, une première en France), alors que de simples rappels à l'ordre avaient été prononcés à l'encontre d'autres clubs à la suite de "propos insultants".

Ce week-end, "lorsqu'il y aura et uniquement lorsqu'il y aura des propos discriminatoires" les délégués de la LFP "alerteront l'arbitre, à qui au final appartient la décision d'interrompre le match", a expliqué Didier Quillot.

La prochaine journée de L1 qui s'annonce, de vendredi à dimanche, va permettre de mesurer le chemin qui reste à parcourir.

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