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Coronavirus: le bilan s'aggrave en Europe, le G20 se mobilise

AFP / Piero CRUCIATTI Le prêtre de la paroisse de Seriate, Don Mario, s'incline devant l'un des cercueils entreprosés dans l'église de sa commune, située près de Bergame, dans le nord de l'Italie, le 26 mars 2020

Les dirigeants du G20 ont promis jeudi d'injecter 5.000 milliards de dollars pour soutenir l'économie mondiale menacée par une pandémie de coronavirus au bilan dramatique, particulièrement en Europe où la barre des 4.000 décès a été franchie en Espagne et où les hôpitaux de Londres font face à un "tsunami" de malades.

Réunis jeudi en sommet par visioconférence sous la présidence du roi Salmane d'Arabie saoudite, les dirigeants des vingt plus grandes économies de la planète ont voulu présenter "un front uni contre cette menace commune".

Malgré des mesures de confinement sans précédent affectant plus de trois milliards de personnes sur la planète, le nouveau coronavirus, apparu en Chine en décembre, a déjà tué près de 22.000 personnes, dont les deux tiers en Europe, où plus de 250.000 cas sont désormais officiellement diagnostiqués selon un comptage réalisé par l’AFP à 12H00 GMT.

"Bien que la situation reste très préoccupante, nous commençons à voir des signes encourageants", a néanmoins déclaré jeudi le patron de la branche Europe de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Hans Kluge.

L'augmentation du nombre de cas en Italie, pays le plus durement touché au monde avec plus de 7.500 décès, semble ralentir, "mais il est encore trop tôt pour dire que la pandémie a atteint son apogée dans ce pays", a-t-il tempéré.

A Bergame, le macabre cortège des camions militaires emporte les cercueils des victimes vers d'autres villes. Le crématorium, surchargé, ne pouvant répondre aux besoins, la cité lombarde s'est vue obligée de les envoyer vers d'autres localités.

AFP / Gal ROMA Graphique montrant le nombre de médecins et d'infirmiers pour 1 000 habitants dans une sélection de pays membres ou partenaires de l'OCDE

Une image qui à elle seule cristallise cet afflux funèbre : une cinquantaine de cercueils alignés dans l'église Saint-Joseph, eux aussi destinés à la crémation.

L'Espagne, devenu la veille le deuxième pays le plus touché au monde devant la Chine en nombre de morts, a franchi jeudi la barre des 4.000 décès.

Interrogés par l'AFP, des membres du personnel médical espagnol parlent de la "solitude immense" des malades et de leurs proches, de la tristesse des soignants, et de la crainte que "le pire" soit à venir.

"J'ai cinq patients pour un seul lit. Je dois choisir. Des gens qu'on pourrait sauver sont en train de mourir, parce qu'ils ne peuvent pas être admis en soins intensifs", explique Sara Chinchilla, 32 ans, médecin dans un hôpital à Mostoles, près de Madrid.

AFP / MIGUEL RIOPA Des membres du personnel soignant devant l'hôpital Alvaro Cunqueiro à Vigo, dans le nord de l'Espagne, le 25 mars 2020

Le célèbre stade Santiago Bernabeu du Real Madrid est mis à contribution: il va être utilisé pour entreposer du matériel médical.

A Londres, les hôpitaux publics sont confrontés à un "tsunami continu" de malades graves accompagné d'une proportion "sans précédent" de personnel souffrant, selon un responsable du système public de santé britannique.

- +1.000% de chômage -

AFP/Archives / Eric BARADAT Un piéton solitaire traverse la 14e rue à Washington, le 25 mars 2020

Conséquence des mesures de confinement sans précédent touchant désormais plus d'un tiers de l'humanité: le monde est à l'arrêt et l'économie plonge.

Aux Etats-Unis, les demandes d'allocations chômage ont explosé de 1.000% la semaine écoulée et atteint un record historique.

En France, l'institut national des statistiques estime à 35% la perte d'activité économique due aux mesures de confinement.

Politiques fiscales ciblées, mesures économiques et systèmes de garantie, les 5.000 milliards injectés par le G20 visent à "contrer les répercussions sociales, économiques et financières de la pandémie", selon un communiqué de l'institution.

AFP / Angela Weiss Des membres du personnel soignant devant l'hôpital Elmhurst, dans le Queens à New York, le 26 mars 2020

Représentant près des deux tiers de la population mondiale et les trois quarts du PIB planétaire, le G20 a été critiqué pour son silence jusqu'ici.

La Banque centrale américaine a de son côté promis jeudi de continuer à prêter de l'argent "agressivement" pour combattre l'impact de l'épidémie sur la première économie mondiale, au lendemain du vote par le Sénat d'un plan de soutien à l'économie américaine de 2.000 milliards de dollars.

Après deux séances de gains, la Bourse de Tokyo a lourdement rechuté jeudi, sur fond de crainte d'une flambée de l'épidémie dans la capitale japonaise, dont les habitants sont invités à éviter les déplacements ce weekend, mais pas confinés.

AFP / STR Dans un parc à Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine, le 26 mars 2020

Les bourses de Londres et Paris ont terminé en hausse après avoir navigué dans le rouge, tirées par Wall Street qui profite de promesses de nouvelles aides de la Fed, aux Etats-Unis.

C'est là que l'épidémie progresse le plus rapidement, avec près de 68.572 cas de Covid-19 confirmés et plus de 1.000 morts dont 100 supplémentaires ces dernières 24 heures dans le seul Etat de New York, selon un décompte de l'université Johns Hopkins.

- "Suicide" -

AFP / Phill Magakoe Un membre du personnel soignant examine une voyageuse et son bébé à la station de bus Mantsole Weighbridge, près de Hammanskraal, en Afrique du Sud, le 25 mars 2020

L'Afrique, mal armée pour faire face à une crise sanitaire de grande ampleur, suscite également de grandes inquiétudes avec l'apparition de premiers cas au Mali ou en Libye, des pays en guerre.

Les ONG ont d'ailleurs entamé une course contre la montre pour tenter de ralentir la propagation du virus dans les pays pauvres, et éviter un scénario catastrophe dans ces nations où les systèmes de santé sont insuffisants, en proie à la guerre ou à une crise humanitaire.

Les pays prennent des mesures afin d'endiguer la progression d'un mal sans frontières, qui arrive jusque dans les endroits les plus isolés : l'Afghanistan va libérer jusqu'à 10.000 prisonniers afin d'éviter la transmission dans ces "zones à haut risque", mais pas ceux ayant commis des crimes contre la sécurité.

Les prisonniers mexicains ont, eux, été mis à contribution afin de fabriquer jusqu'à 2.000 masques par jour.

Si l'épidémie semble endiguée en Chine, le pays a décidé de fermer ses frontières à la plupart des étrangers à partir de samedi, voyages d'affaires mis à part.

Pékin a levé les restrictions imposées depuis des mois dans la province centrale de Hubei, berceau de la pandémie, sauf dans la capitale régionale Wuhan.

AFP / Noel Celis Des vendeurs de rue, le visage couvert d'un masque de protection contre le coronavirus, sur un coin de trottoir à Huanggang, dans la province chinoise du Hubei, le 26 mars 2020

La peur n'a néanmoins pas disparu et le retour à la normale est encore loin, comme à Huanggang, une des villes les plus touchées par l'épidémie, où l'activité tourne encore au ralenti.

Dans les rues, de nombreux avertissements rappellent que le virus n'a pas disparu. "Se rassembler pour jouer aux cartes est un suicide", prévient ainsi une banderole.

"Même si beaucoup de choses sont rouvertes, on doit encore faire attention", explique, masque sur le visage, Chen Wenjun, pharmacienne de 22 ans.

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