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SONIA ROLLAND ET JEAN FRANCOIS PUECH - ENTRETIEN AU PRESS CLUB DE FRANCE - RWANDA : "Du chaos au miracle"


Avec son film « Du chaos au miracle », SONIA ROLLAND nous présente le Rwanda d'aujourd'hui.

Sonia Rolland, ex miss France, est née au Rwanda de père français et de mère rwandaise. Comédienne et aujourd'hui réalisatrice engagée dans la cause rwandaise, son film « Du chaos au miracle », nous présente les réussites de la reconstruction du Rwanda et de la réconciliation après le génocide de 1994. Réalisatrice confirmée, ce film prend la suite d'un court métrage social « Une vie ordinaire » réalisé au cours de l'été 2015 en Bourgogne.

Personnalité aux multiples activités et à l'esprit ouvert sur le monde, Sonia Rolland répond à nos questions*

Votre vie a connu nombre de basculements et rebondissements. En quoi cela a-t-il modifié votre caractère et votre façon de vivre ?


Le retour en France en 1994 fut un choc. Nous faisions face à une catastrophe. Fuyant la guerre au Burundi débordé par les massacres du Rwanda, nous arrivions avec une simple valise, logés dans un habitat totalement urbain et bétonné. Les diplômes belges de ma mère n'avaient pas d'équivalence et, lorsqu'elle chercha du travail, on lui proposa d'être chef de rayon dans un supermarché avec une formation qu'elle suivit à 400 kilomètres de chez nous. Cela a inspiré mon premier court métrage, cette période difficile avec l'absence d'une maman qui n'a d'autre choix que de reprendre ses études pour faire vivre sa famille. Mon père, entrepreneur avant tout, ne réussit pas à créer une nouvelle affaire au Burkina Faso et nous rejoignit en 1995/96. A 60 ans, il devint tourneur-fraiseur dans une usine et, de directeur d'imprimerie, passa à un métier de robot. Il ne le subit pas comme un échec et garda l'espoir de recommencer toujours et encore, que ce soit au Burundi, au Burkina Faso ou au Rwanda. Il était passionné de l'Afrique !
Au Rwanda, mes parents appartenaient à la diaspora. Mon père était un imprimeur privé et ma mère travaillait principalement dans l'import-export. C'était un couple mondain qui recevait le tout Kigali dans leur grande villa.

De cette période, j'ai tiré la leçon que l'humilité est essentielle face à des situations dramatiques.

Mes parents étaient des intellectuels de gauche militants, mon père plutôt anarchiste et ma mère chrétienne de gauche. Il y avait beaucoup de passion politique à la maison et chacun défendait ses idées haut et fort. Quand je suis devenue Miss France à 18 ans, ce fut compliqué pour moi de ne pas exprimer tout haut ce que je pensais, de ne pas crier pour la justice sociale.

Votre lien avec le Rwanda n'a jamais cessé malgré les années.

Je me suis toujours sentie proche du Rwanda car c'est le lien avec ma mère. Les gens qui ont vécu l'Afrique l'aiment et veulent y revenir. J'aime mes deux continents et je dis toujours que je suis « afropéenne ». J'ai toujours voulu créer une passerelle entre mes deux pays.

Le Rwanda m'a accueillie comme une reine après mon année de Miss France, en 2001. J'ai retrouvé avec joie les parfums si particuliers de la terre humide et ma famille, revenue au Rwanda après un exil au Burundi. Seul mon grand-père se trouvait à Kigali à l'époque ; il s'est enfui au-delà des frontières et fut retrouvé grâce à la Croix-Rouge. La France ayant refusé de l'accueillir, il a fini ses jours en Belgique chez ma tante.

J'étais impressionnée par l'évolution fulgurante du Rwanda, avec si peu de moyens, par la résilience du peuple et par la vie simple que menait le président Paul Kagamé, rencontré furtivement en 2001.

On se demande comment on en arrive aux actes terribles du génocide ?

La première cause du génocide fut l'analphabétisation qui touchait plus de 80% de la population et la rendait fragile et manipulable. C'est pourquoi aujourd'hui le pays investit beaucoup dans l'éducation. Les professeurs sont nombreux et jeunes.

L'isolement fut une autre cause. Les villages disséminés dans les 1000 collines ne communiquaient pas et, de ce fait, étaient vulnérables et recevaient tout de plein fouet, comme les messages de haine diffusés par « la radio des mille collines », unique chaîne de radio à l'époque. Aujourd'hui, l'objectif est de créer des regroupements d'agglomérations, d'installer la fibre optique qui maintenant s'étend sur 95% du territoire.
Après le génocide, le Rwanda a vécu dans un état de trouble. Il était difficile de se projeter dans l'avenir sans aborder les questions urgentes et de procéder par étapes. C'est ce que montre mon film.

« Du chaos au miracle » montre comment, avec beaucoup d'énergie, de force et d'intelligence, on peut unir, réconcilier et faire avancer un pays, malgré les embûches et les nombreuses critiques.

Regardons le Rwanda avec justesse.


*Propos recueillis par Jean-François Puech - Directeur de la rédaction - jfpuech@newspress.fr

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