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Entretien avec Kazuhiko FUKUOJI, maître des Beaux-Arts japonais



Monsieur Kazuhiko FUKUOJI a été primé par le Jury Invité dans la catégorie « peinture » au Salon des Beaux-Arts qui s'est réuni au Carrousel du Louvre du 7 au 10 décembre 2017. Membre de l'Académie des Beaux-Arts japonaise, il est au Japon un maître incontesté du Nihonga, courant pictural alliant la tradition japonaise et la modernité.

Né à Tokyo en 1955, il est membre de l'Académie des Beaux-Arts japonaise, la Nihon Geijutsuin, depuis 2010.
C'est un honneur de recevoir Kazuhiko FUKUOJI dans les salons du Press Club de France pour un entretien qu'il nous a accordé, mettant ainsi en valeur les liens existants entre nos deux cultures.

Quelle fut votre réaction au prix reçu lors de ce Salon des Beaux-Arts ?

Une soixantaine d'artistes japonais étaient présents lors de ce Salon. Cela démontre un fort lien entre les artistes japonais et français.

Je suis très honoré de ce prix.



Me concernant, j'ai toujours eu une collaboration forte avec la Société Nationale des Beaux-Arts française et je suis toujours heureux d'exposer à Paris.

Ma première exposition à Paris remonte à dix ans, en lien avec le salon de l'Académie japonaise qui, à l'instar du Salon des Artistes français dans la qualité des artistes présents et le nombre d'oeuvres exposé, a mis en valeur l'école Nihonga.

J'ai aussi exposé en Italie, à Ravenne, dans le monastère de Dante.

Je reviens toujours avec joie à Paris.



Vous appartenez au courant pictural traditionnel du Nihonga. Pourriez-vous m'en décrire les caractéristiques et me parler de vos inspirations artistiques ?

Nous n'utilisons ni gouache, ni tempura, c'est-à-dire une peinture constituée d'un mélange de produits à partir d'une émulsion, mais uniquement des pigments naturels broyés avec de la pierre. La couleur bleue est obtenue à partir du lapis lazuli, qui est un matériau précieux.

Le papier utilisé est notamment le Washi, fabriqué à la main, comme les parchemins, et dont les feuilles sont superposées pour le rendre épais. Nous utilisons aussi des matériaux composés de parties métalliques, comme l'or et l'argent.

L'école traditionnelle basée sur le Nihonga, s'est longtemps opposée au mouvement dit yoga,qui adopta les techniques de la peinture occidentale et influença la peinture japonaise avec l'arrivée au Japon même de peintres

Sous l'ère Meiji, et surtout après la deuxième guerre mondiale avec la participation des artistes aux expositions privées telles le Nitten -celle-ci étant placée sous l'égide de l'Académie des Beaux Arts-, les cultures japonaise et occidentale, cessent de s'opposer et au contraire trouvent un lien, ce qui fut une grande révolution picturale au Japon.

Mes oeuvres étaient abstraites lorsque j'avais 17 ou 18 ans, la lune et le soleil en étant les principaux sujets.

De 20 à 30 ans, j'ai surtout peint des paysages et des portraits. Lorsque j'ai eu environ 40 ans, j'y ai introduit la couleur bleue.

Si la lune, le soleil et la nature sont restés mes principaux sujets, j'ai évolué progressivement vers le figuratif, me tournant vers un art plus concret.

Depuis mon enfance, et c'est inchangé jusqu'à ce jour, je peins des sujets qui me donnent l'envie de les représenter.



Votre vocation est-elle personnelle ou trouve-t-elle sa source dans une culture familiale ?

J'ai été élevé dans un environnement artistique car mon père, Horin Fukuoji, disparu il y a cinq ans, était un grand maître très célèbre au Japon. Il peignait incessamment.

C'est en regardant mon père travailler que j'ai acquis la conviction que je souhaitais faire la même chose, voire le dépasser. Ce qui a été un révélateur pour moi est la nouvelle de la cécité de son oeil gauche. Comme il avait un oeil de verre, je ne m'en étais pas rendu compte. Ma mère me l'apprit sur le tard. Ce fut un choc et j'en conçus un grand respect pour lui car il réalisait des merveilles alors qu'un seul de ses yeux l'accompagnait. Pris de compassion, je voulus l'aider tout d'abord, puis le dépasser.

Aujourd'hui, en mémoire de mon père, je donne des cours de dessin aux enfants de l'école primaire qui était la sienne. Mon action vise aussi à sensibiliser au dessin et à l'art de façon générale les enfants des écoles éloignées des grands territoires urbains comme Tokyo, Osaka ou Kyushu, et parfois oubliées.

Membre de l'Académie des Beaux-Arts, quels sont vos contacts avec les autres centres artistiques ?

Je suis membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis sept ans dans la section portant sur la peinture Nihonga.

La désignation des membres est similaire à celle de l'Académie Française. Notre Académie des Arts comprend 120 membres dont 50 réservée aux Beaux-Arts dont fait partie le Nihonga. C'est au décès d'un de ses membres qu'il est procédé à l'élection de son remplaçant, élu à plus de la moitié des votes favorables.

Le statut des membres de l'Académie des Beaux-Arts du Japon est peu ou prou le même que celui des membres de l'Académie Française : nous sommes des fonctionnaires dotés d'une autonomie importante, en droit d'en rapporter directement à notre ministre de tutelle, celui de l'Education Nationale, en cas de proposition, disfonctionnement ou autre sujet que nous voudrions évoquer.

La vraie différence est la maison qui nous abrite : elle est plus petite et de style traditionnel.

Je suis aussi Président de l'association des artistes japonais, créée vers 1960, qui comprend 5 300 membres et 700 veuves d'artistes et de l'association des droits d'auteur des artistes japonais fondée en 2006. A ces activités s'ajoutent celles de Président de JASPAR depuis 2012, société de protection des droits des artistes japonais. Je suis aussi partenaire de l'IAA/AIAP, association internationale des arts plastiques, organisation non gouvernementale reconnue par l'UNESCO.

De l'Académie des Beaux-Arts, où je me trouve, j'ai une position d'observateur privilégié de l'évolution des arts au Japon donc, des diverses tendances existantes, dont l'avant-gardisme. Mais mon travail reste toujours attaché à l'identité traditionnelle japonaise, m'inspirant de la nature et me basant sur mes envies.

Quel message délivreriez-vous aux français ?

Le peintre de Nihonga, dont l'environnement créatif est fréquemment la vie quotidienne, utilise des matériaux qui ne sont pas utilisés en France, comme la peinture à base d'or ou d'argent, et le papier traditionnel.

Si certaines composantes de cet art spécifique étaient mises en lumière dans la peinture française, cela créerait des liens artistiques supplémentaires entre nos deux pays.

Ces liens sont déjà très forts avec la présence d'artistes japonais à Paris dès le début du XX ième siècle et la forte présence des artistes japonais, aujourd'hui, au Salon des Beaux Arts 2017 en est une magnifique illustration.



Entretien avec Jean François Puech Directeur de la Rédaction au Press Club de France

Contact : jfpuech@newspress.fr

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