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Entretien avec Jean Arthuis, Président de la Commission des budgets du Parlement européen.



Entretien avec Jean Arthuis, Président de la Commission des budgets du Parlement européen. A la lueur des évènements de l'Union européenne; réedition d'un entretien le 24 septembre 2014 entre Jean Arthuis et Jean François Puech directeur de la rédaction de NEWS Press.

JF Puech NEWS Press - Depuis juillet dernier, vous êtes Président de la commission des budgets du Parlement européen : est-ce à dire que l'avenir est à Bruxelles ?


L'avenir se construit à Paris et à Bruxelles. Je l'ai fait à Paris comme parlementaire, comme ministre et je le ferais à Bruxelles. J'ai été élu au parlement européen pour défendre mes convictions qui sont anciennes. En 1992, j'avais mené campagne pour la ratification du Traité de Maastricht et la Mayenne a voté « OUI » à 53%. Les électeurs mayennais m'ont choisi parce qu'ils me connaissent et parce qu'ils connaissent mon engagement pour l'Europe et pour une Europe fédérale. Je ne suis pas un candidat de rattrapage à la recherche d'une place.

Si l'on évoque la politique de l'UE et son orientation institutionnelle, il faut aborder la question de la gouvernance. Je pense qu'elle peut être améliorée. Comme vous le savez, nous sommes 29 Etats membres. Plus on élargit, moins on rend possible la bonne gestion d'une organisation. C'est un fait. Par ailleurs, notre souveraineté à l'échelle de l'Etat est de plus en plus illusoire. Nous ne maîtrisons pas la politique monétaire. Elle se fait principalement au niveau de l'UE. Nous avons donc intérêt à la piloter, notamment par un gouvernement économique. La zone euro est quant à elle l'embryon du fédéralisme.

Depuis le Traité de Rome, les Etats membres mettent en place des politiques communes dans les domaines économiques et financiers agricoles, sociaux, commerciaux avec des instruments communs tels que la PAC, le FEDER, la concurrence, les négociations commerciales, l'aide au développement.... Les Etats doivent peser sur ces politiques communes et cette maîtrise ne peut se faire qu'avec plus de fédéralisme.

On ne le dit jamais assez, le Parlement Européen vote des règlements et des directives qui sont retranscrits et intégrés au droit français et à celui des Etats de l'Union Européenne. Les textes soumis aux députés et sénateurs sont pour la plupart des transcriptions qui viennent de l'Europe. Et comme les Traités nous y obligent, selon le principe de prééminence du Droit international, nous ne pouvons guère en modifier le contenu. Je veux aller à Bruxelles parce que je veux aller à la source du Droit et au point d'appui budgétaire de l'Europe.

JF Puech NEWS Press - La France peine à tenir son rang politique et économique. Quelle est votre analyse à ce sujet ?

En France, on vit sur le déni de réalité par la théâtralisation. Seul compte l'effet d'annonce. C'est comme si vous cherchiez près d'un lampadaire des clefs tombées de votre poche. Mais vous cherchez seulement sous un lampadaire parce que c'est là où il y à de la lumière. Et vous oubliez de regarder ailleurs. Le pouvoir de décision n'est pas nécessairement sous les caméras.

Nous sommes dans un délitement qui ne peut plus durer. En termes de compétitivité, la France est le pays de la zone euro où les marges des entreprises sont les plus faibles. Comment créer de l'emploi dans ces conditions ? Ce sont les marges qui permettent d'embaucher et qui contribuent à l'investissement. Depuis 30 ans l'Etat dépense trop d'argent. Son budget est en déficit permanent. Inévitablement, cela se répercute sur les charges qui augmentent et les taxes qui se multiplient. Or plus on augmente les ressources fiscales plus l'Etat dépense. C'est sa propension naturelle. Il doit désormais devenir raisonnable.

L'augmentation de la dette publique se répercute mécaniquement sur les charges et les taxes. Dans ces conditions, les entreprises sont conduites à se délocaliser. La gouvernance de notre pays contribue à la délocalisation du Made in France.

Cela affaiblit également la balance commerciale de notre pays. Prenons un indice de comparaison, dans un domaine qui est un point fort de la France : l'agriculture. Désormais, l'Allemagne nous dépasse même dans ce secteur et elle est en première position. Face à la mondialisation, reprendre notre destin en main c'est accepter l'Union Européenne.

JF Puech NEWS Press - Quelles solutions envisagez-vous pour faire face à la crise ?

Je vois trois solutions. Assouplir le droit du travail, faire preuve de plus de flexibilité et remettre en cause les 35h dans la fonction publique. Arrêtons le laxisme et la démagogie. La gouvernance publique de notre pays exaspère nos concitoyens. Je voudrai attirer votre attention sur la législation sociale : le Droit du travail en France ce sont 1200 pages contre 500 en Allemagne. On s'aperçoit que c'est un facteur qui joue contre l'attractivité de la France en provoquant l'installation de sièges sociaux à l'étranger. Récemment, en fusionnant avec le groupe Holcim, Lafarge a installé son siège en dehors de France. Les 35 heures dans la fonction publique ont entraîné une explosion de dépense de masse salariale. C'est au dessus de nos moyens.

JF Puech NEWS Press - Le gouvernement attend beaucoup de la réforme territoriale. Est-ce aussi une solution pour réduire les dépenses ?

En France, on est victime de la fascination des réformes. Il faut en effet réformer, mais l'important est de savoir comment. Pour le gouvernement, le levier sur la réforme territoriale c'est en fait la réduction des financements des collectivités locales. Elles ne peuvent pas tout faire dans tous les domaines. Il y a forcément des pertes en ligne et des doublons. C'est pour cela que je suis d'accord avec François Hollande sur le fait qu'il faut supprimer la clause de compétence générale.

JF Puech NEWS Press - Que répondez-vous à ceux qui critiquent la monnaie unique ?

Si l'on sort de l'euro, on aura le sort de l'Argentine qui est à nouveau en difficulté. La Cour Suprême de Etats-Unis a donné raison à des fonds spéculatifs pour la restitution d'emprunts effectués par l'Etat argentin, malgré les accords du Club de Paris. Les Etats créanciers réduisent la dette et ces fonds vautours l'augmentent, ce qui met à néant les efforts de chacun.
Quelles que soient les critiques, les attaques financières contre l'Argentine ne pourraient pas avoir lieu contre les pays de la zone euro. La zone euro joue un rôle protecteur des états membres.

Jean-François Puech Directeur de la rédaction jfpuech@newspress.fr

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