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Entretien avec Gérard Millet, Maire de Melun


La ville de Melun (41 000 Melunais au cœur d’une agglomération de 120 000 habitants) est le chef-lieu du département de Seine-et-Marne. Trait d’union entre le sud et le nord du département, elle compte, avec les agglomérations de Meaux et Chelles, parmi les principaux pôles urbains de la Seine-et-Marne. La Ville de Melun reflète, dans les choix qu’elle fait et les politiques publiques qu’elle mène, beaucoup des problématiques qui se posent aujourd’hui aux responsables publics locaux et nationaux. Maire de Melun depuis 2002, Gérard Millet a consacré toute sa vie politique à sa ville et à son département. Il a été suppléant d’Yves Jégo lors de la législature de 2007-2012 et a effectivement siégé à l’Assemblée entre mars 2008 et juillet 2009, lorsqu’Yves Jégo était membre du Gouvernement. Pour la présente législature, il est suppléant de Jean-Claude Mignon.

Comme l’ensemble des collectivités territoriales, la Ville de Melun est confrontée à la baisse des dotations de l’Etat. Comment y faites-vous face ?

Du mieux que nous pouvons. Une première baisse avait été négociée en 2013. Les collectivités étaient prêtes à participer à l’effort de réduction des dépenses publiques. Mais en 2014, après les élections municipales, une nouvelle coupe a été annoncée. Cette baisse-là a été brutale, décidée sans concertation et imposée à des collectivités, notamment aux communes, dont les finances étaient déjà en souffrance. Beaucoup de maires, au nombre desquels je me compte, s’étaient engagés devant leurs électeurs sur un programme financier qui est devenu, du fait de ces décisions autoritaires, intenable.
A Melun, pour maintenir un service public de qualité et être à la hauteur des attentes légitimes de nos concitoyens mais aussi, il ne faut pas l’oublier, pour faire face à l’augmentation des charges qui nous sont transférées dans le même temps par l’Etat, nous avons dû augmenter les impôts locaux. C’était une décision extrêmement difficile à prendre, mais c’était la plus raisonnable. Même en demandant aux services de la Ville de revoir leurs budgets à la baisse, autant que faire se peut, même en renonçant à plusieurs projets urbains, nous ne pouvions pas garantir la pérennité de nos structures. Or il était vital que la Ville poursuive ses activités car elles permettent et soutiennent, on l’oublie trop souvent, l’activité économique privée. Par exemple, sans les structures municipales d’accueil de la petite enfance, sans les activités périscolaires, les conditions de travail des Melunais seraient beaucoup plus difficiles.
Or la plupart des services rendus par la Ville sont le fait de personnes intégrant des emplois normés, ce qui garantit la qualité des services rendus. Dans le même temps, cela implique des charges de personnel lourdes, pour assurer la rémunération et la formation de ces personnes.

La mutualisation des ressources au sein de la Communauté d’agglomération n’est-elle pas une réponse à cette situation ?

La mutualisation est une bonne réponse, mais sur le long terme. En effet, à court terme, elle ne diminue que de façon fictive les charges de la commune : le transfert de personnel de la Ville à la Communauté d’agglomération entraîne, et c’est normal, une baisse proportionnelle de la dotation de compensation versée par la Communauté d’agglomération au titre de l’ancienne taxe professionnelle. Par conséquent, la Ville allège son budget de certaines missions et de certaines charges de personnel mais, en échange, elle voit ses ressources diminuer.

A l’heure actuelle, le seul vrai moyen de faire des économies immédiates demeure la suppression de postes via le non-remplacement des agents partant à la retraite. Mais il faut le faire de manière intelligente, en tenant compte des spécificités des différents services de la Ville et en ne dégradant pas les conditions de travail des agents.

Malgré le contexte difficile, pouvez-vous conserver une politique d’investissement ?
C’est un choix politique au vu des circonstances mais, avec la majorité, nous considérons que c’est surtout une nécessité absolue. Pour deux raisons : d’abord parce que la Ville doit régulièrement faire preuve de renouvellement ou d’innovation en matière d’équipements publics pour répondre aux demande de la population ; ensuite parce que l’investissement public soutient l’économie locale. La croissance économique et la lutte contre le chômage passe par l’investissement public. Or les collectivités territoriales réalisent les deux tiers de l’investissement public : si une collectivité comme la Ville de Melun y renonce, c’est l’économie de la Seine-et-Marne et, dans une moindre mesure, celles de l’Essonne et du Val-de-Marne qui sont pénalisées.

Ce qui a changé en revanche, du fait de cette contrainte financière, c’est la nécessite de former des partenariats avec d’autres personnes publiques. Si nous avons porté seuls le nouveau Conservatoire de musique et de danse, inauguré en 2014, qui fait à juste titre la fierté de la Ville et qui est promis à un bel avenir dans notre département, nous avons, pour d’autres projets, partagé les coûts de réalisation avec d’autres organismes. Les travaux nécessaires à la réalisation du musée de la gendarmerie nationale, par exemple, qui a ouvert en octobre 2015, ont été cofinancés par l’Etat, la Communauté d’agglomération Melun Val de Seine et la Ville de Melun.

De même, en matière de rénovation urbaine, l’investissement public est une nécessité. Pour les travaux que nous envisageons dans le cadre du NPNRU, le financement sera partagé entre la Ville et l’ANRU.

Comment abordez-vous les questions de sécurité ?

La Ville de Melun a fait au cours de l’année dernière l’objet d’un traitement assez négatif par les médias nationaux du fait des événements qui s’y sont déroulés, en août d’abord, avec le saccage d’une école d’un quartier en difficulté, en octobre ensuite, lorsque le chauffeur d’un bus du réseau public a été agressé par plusieurs jeunes à l’issue d’une altercation qui a dégénéré.

Avec mon équipe, nous sommes conscients de la gravité de la situation dans plusieurs quartiers de Melun. Je dis cela sans esprit de stigmatisation, car les habitants de ces quartiers sont les premiers à souffrir des agissements d’une minorité d’individus ou de laissés-pour-compte de la société au comportement agressif.

Je crois que l’insécurité doit être traitée sur deux plans. D’abord il faut indéniablement faire preuve de fermeté dans le traitement de la délinquance, si petite soit-elle. C’est une attente forte de nos concitoyens, mais c’est aussi, tout simplement, une nécessité d’ordre public. A cet égard, la politique d’installation de caméras de vidéo-protection que nous menons avec la Communauté d’agglomération obtient de bons résultats et va se poursuivre. A la suite de l’agression du chauffeur de bus, nous avons signé avec la société gestionnaire une convention facilitant la présence de policiers municipaux dans les bus. Mais la répression seule ne suffit pas. J’évoquai précédemment la rénovation urbaine. Nous avons tiré au moins un enseignement du PRU : pour améliorer sensiblement les conditions de vie des habitants d’un territoire, il faut accompagner cette rénovation d’une véritable gestion sociale et urbaine du changement. Vous pouvez consacrer des millions d’euros à la réhabilitation d’immeubles, si vous n’accompagnez pas les habitants en les associant au projet, en les rendant acteurs du changement urbain et en construisant avec eux des perspectives nouvelles pour leur quartier, vous ne mettrez pas fin au sentiment d’oubli et de déclassement qui menace toujours de reprendre le dessus. Nous ne l’oublierons pas dans le cadre du NPNRU. Ce volet-là de la politique de la Ville est particulièrement nécessaire en matière de sécurité : si les incivilités doivent être réprimées selon la loi, la lutte contre l’insécurité passe aussi par un travail de prévention et de gestion urbaine de proximité, travail pour lequel les services municipaux sont les mieux placés : il s’agit cette fois-ci d’un investissement non pas financier mais humain.

L’ouverture du musée de la gendarmerie nationale marque-t-elle le début d’une réorientation culturelle de la Ville de Melun ?

Oui et non. C’est vrai dans la mesure où, avec la nouvelle équipe municipale élue 2014, nous souhaitons que Melun ne soit plus considérée comme une ville-dortoir de Seine-et-Marne, une ville où il n’y a rien à voir. Mais c’est inexact dans la mesure où Melun, qui est une très vieille ville, se soucie depuis longtemps de la conservation de son patrimoine. Melun fut la première ville du département à se doter d’un musée municipal en 1853, après que des fouilles archéologiques avaient mis à jour de nombreux vestiges gallo-romains.

Je dirais qu’actuellement, le principal défi en matière culturelle à Melun c’est de parvenir à mettre en valeur la richesse de notre héritage. De ce point de vue, le musée de la gendarmerie nationale, parce qu’il dote Melun d’un équipement à rayonnement national, intègrera Melun dans les circuits touristiques d’Ile-de-France et permettra aux visiteurs de venir à Melun se défaire des clichés en découvrant à cette occasion non seulement notre qualité de vie, mais aussi les pièces archéologiques et artistiques que nous possédons.

Contact : Jean Laussucq – Chargé des Relations Publiques et de la Presse – Ville de Melun - jlaussucq@ville-melun.frwww.ville-melun.fr

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