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Entretien avec Clément Pernot, Président du Conseil départemental du jura


NEWS Press reçoit au Press Club de France Clément Pernot Président du Conseil Départemental du Jura. Portrait d’un homme qui se considère en charge d’une mission.

Clément Pernot, vous dirigez le Département du Jura. Quel est votre parcours ?

Mon parcours est atypique. Après un diplôme technique et des études d’économie et de gestion, je me suis engagé dans le tissu associatif puis ai débuté ma carrière dans le secteur de l’assurance. En parallèle, j’étais membre du Conseil municipal de ma commune, Champagnole.

Sur le plan politique, je suis de centre-droit, dans cette région où existe une volonté de consensus politique. Mon engagement politique n’est pas fondé par l’appartenance à un parti. Il est un engagement de missions. En 2008, lorsque j’ai été élu maire, j’ai abandonné mon activité professionnelle car ce n’était pas conciliable.

Je viens d’être élu à la présidence du Conseil Départemental en succédant à la gauche qui n’aura fait qu’une mandature, de 2011 à 2015. Mais je ne suis pas dans une posture conflictuelle. Dans un Conseil Départemental, ce n’est pas la majorité contre l’opposition. C’est plutôt la minorité qui tente de se positionner face à la majorité. Ainsi, les bonnes décisions de la gauche font consensus tandis que nous abandonnons celles jugées déraisonnables.

Quand on succède à une équipe, on fait un état des lieux. C’est pourquoi j’ai réduit les dépenses de la présidence et je m’adapte à la réforme territoriale. Dans les communes, le Conseil Départemental ne peut et ne doit plus être le premier contributeur financier d’un évènement culturel ou d’une association sportive.

C’est au bloc communal d’assumer ses responsabilités.

Nous avons aussi décidé de nous recentrer sur nos compétences obligatoires, tout en soutenant les initiatives des collectivités locales sans agir à leur place. Je serai très vigilant sur ce point car nous n’avons plus la compétence générale. La loi nous fixe des compétences précises que nous ne pouvons transgresser. Depuis l’entrée en vigueur de la loi NOTRe, tout citoyen ou tout élu opposant peut contester la validité d’une décision du Conseil départemental au motif que l’action entreprise relève de la compétence d’une autre collectivité. C’est une vraie mine d’or pour les cabinets d’avocats avec un risque d’encombrement des tribunaux administratifs qui, à vrai dire, n’en ont pas besoin.

Comment voyez-vous la place du Conseil départemental dans la nouvelle organisation des collectivités ?

Ce qui fait une harmonie politique, ce sont les liens entre les institutions et les hommes qui les incarnent. C’est ainsi que les services à la population sont assurés au plus proche du terrain.
Ce sera d’autant plus nécessaire que le périmètre géographique change. Partout apparaissent de grandes régions. Chez nous, la Bourgogne et la Franche-Comté ont fusionné avec Dijon comme nouvelle capitale régionale. Incontestablement, sur le plan économique, la Région pilotera le développement de l’économie régionale. Le Département n’a plus qu’un rôle subsidiaire. De ce fait, il me paraît cohérent que la grande Région Bourgogne-Franche-Comté reprenne notamment l’aéroport de Dôle-Jura que le département avait acquis et qui est aujourd’hui emprunté par 150 000 voyageurs, grâce au travail de mes prédécesseurs.

Cependant, rien n’oblige la Région, à travailler avec le Jura. Pour le Conseil régional, la tentation sera forte, soit de privilégier régulièrement un territoire contre les autres, soit de trouver des solutions de compromis, sorte de dénominateur commun, qui obèrent par nature l’efficacité et l’impact d’une politique publique sur des territoires qui n’ont pas tous les mêmes besoins.

C’est pourquoi les modes collaboratifs et fédératifs de travail sont essentiels. Il faudra de la volonté car la représentation des départements dans les assemblées régionales, est relative dans la mesure où le scrutin de liste favorise la logique partisane au détriment de la logique territoriale. Lors des dernières élections régionales a eu lieu un renouvellement très important, et de fait le pouvoir se concentre dans les mains de ceux qui ont un peu plus d’expérience que les autres. Finalement, le projet du Conseiller Territorial proposé par Nicolas Sarkozy permettait de maintenir un lien fort entre la pratique du terrain et la vision globale dans la mesure où ce dernier était à la fois un élu du Département et de la Région. C’était une idée bonne et simple à mettre en œuvre, sans bouleversement.

Voyez-vous, je m’inscris dans la logique d’une décentralisation subsidiaire : A chacun son niveau d’intervention.

Dans un grand ensemble Bourgogne-Franche-Comté, comment maintenir l’identité du Jura ?

Les habitants de ce département se sentent d’abord jurassiens. C’est mon cas. Je me sens plus jurassien que franc-comtois. Notre identité est marquée par notre territoire montagnard et par une solidarité naturelle. Elle se reconnaît aussi à travers ses élus qui sont imprégnés de cette culture commune, ce qui constitue un liant supplémentaire.

Nous relançons en priorité le « Made in Jura ». Ce projet a pour but de mettre au premier plan les entreprises industrielles et artisanales du Jura autour d’une marque reconnue, reconnaissable, gage de qualité. Cette année se tiendra un salon « Made in Jura » qui réunira en un seul lieu les entrepreneurs jurassiens qui présentent leur innovation et leur savoir-faire. « Made in Jura » constitue désormais une communauté de sept cents entreprises. Cela a créé des échanges, des collaborations et des créations d’entreprises. Cette marque, que nous devons à Joël Simon, Directeur du Cabinet du Département, son créateur et concepteur depuis 2003, est devenue un véritable succès populaire. Elle permet aujourd’hui de promouvoir à l’extérieur les entreprises jurassiennes qui vont à la conquête des marchés « en collectif » et de faire venir de nouveaux investisseurs dans le Jura. Désormais, tous les territoires, toutes les forces vives seront associés à cette dynamique. Par sa créativité et ses liants, ce réseau forge l’identité du Jura et constitue un levier de développement économique. Ici notre identité ne sert pas uniquement à nous démarquer ; elle nous permet d’éviter le repli dans une période complexe et de nous ouvrir aux autres. Bref, elle permet de nous faire avancer.

Entretien avec Jean-François Puech - Directeur de la rédaction - NEWS Press - jfpuech@newspress.fr

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