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Au fil de l'AFP

La Libération de Paris : la journée du 20 août relatée par l'AFP le 26 août 1944

Le 26 août 1944, Paris tout juste libéré, l'AFP diffuse une chronologie des onze jours ayant précédé la capitulation des Allemands, après quatre années d'occupation de la capitale.


(Des drapeaux tricolores français sont distirbués aux parisiens dans toute la ville)

 

Voici la journée du 20 août racontée par le journaliste de l'AFP Jean Le Quiller.

 

Dimanche 20 août

Paris prend un peu mieux conscience, ce matin, de sa liberté en partie retrouvée : les cocardes, les drapeaux qui étaient tendus jusqu'alors avec une certaine discrétion, le sont maintenant ouvertement ; au ministère des Finances, un salut officiel est rendu aux couleurs.

L'occupation des bâtiments publics se poursuit ; le ministère de l'Education Nationale, par exemple, est libéré.

A l'Hôtel de ville, à 6 heures du matin, la garnison reçoit un sérieux renfort ; depuis la veille, elle a eu 20 morts et 30 blessés, elle a tué 40 Allemands et en a blessé 27 ; elle a pris 10 voitures ou camions à l'ennemi.

Des barricades commencent à s'élever, notamment place Saint-Michel, afin de couvrir les abords de la préfecture ; en outre, le métro, entre St Michel et l'Hôtel de ville, servira de voie de ravitaillement. Sur l'autre rive de la Seine, aux Halles, les voitures de légumes et les diables servent de parapets défensifs ; rue Mazarine, un camion Sita est employé à la même fin.

Les Allemands, du coup, hésitent davantage à circuler ; ils commencent à se retrancher dans le Sénat, au ministère de la Marine, à l'hôtel Meurice.

Vers 14 h, le bruit se répand même qu'ils demandent un armistice. A la vérité, le nouveau préfet de police (Charles) Luizet est en contact avec le consul général de Suède (Raoul Nordling) qui cherche à s'entremettre entre les FFI et les Allemands ; Luizet voudrait gagner du temps ; les Allemands demandent le droit d'utiliser certains itinéraires, notamment, du sud au nord, de la porte d'Orléans vers l'avenue J. Jaurès, et de l'ouest vers l'est, du pont de Neuilly vers Vincennes.

Du côté français, on est divisé sur la question de la trêve : les uns tentent d'empêcher le sang de couler inutilement, les autres font ressortir que laisser circuler librement les Allemands serait trahir les Alliés avec qui une liaison effective et constante a été établie dès le 17 août, et que d'ailleurs, le fait même que les Allemands demandent une trêve prouve leur faiblesse.

Le résultat de ces négociations est qu'à 18h, une voiture de la police, munie d'un haut-parleur, parcourt les rues en annonçant la conclusion d'une trêve ; elle est suivie d'une voiture allemande occupée par 4 officiers de la Wehrmacht (armée allemande, ndlr); sur l'aile de cette dernière, un agent français est assis qui doit trouver sa situation assez bizarre.

Cette trêve ne sera d'ailleurs guère observée, les Allemands utilisant des itinéraires en principe interdits, et continuant d'attaquer, malgré leur promesse, certains édifices publics comme la mairie de Clamart.

En dehors des Allemands, il y a d'ailleurs d'autres éléments de trouble ; par exemple, des Japonais qui tiraient d'un toit, rue de Seine, sont capturés et emmenés à la mairie du VIème. La guerre des toits semble attirer particulièrement les gens de cette race : on en signale en divers endroits.

Le dimanche 20 août a vu aussi la défenestration du mobilier et des dossiers du PPF (Parti populaire français) de Jacques Doriot (collaborateur, ndlr), rue des Pyramides ; bien des papiers compromettants ont dû malheureusement disparaître en cette affaire.